Ignacio Garcia Bercero, directeur général du commerce à la Commission européenne, devrait arriver aujourd’hui à Alger en vue d’entamer des négociations au sujet de la mésentente commerciale opposant l’Algérie à l’Union européenne. L’annonce de cette arrivée a été faite par le diplomate européen en poste à Alger, John O’Rourke, lors d’une conférence de presse tenue lundi à Alger.

«Nous attendons la visite du directeur, M. Bercero, pour les discussions. Je pense qu’il est temps maintenant de laisser les experts discuter en toute sérénité. Je ne fais plus de déclarations à la presse», a indiqué le diplomate européen en guise de réplique à une question d’un journaliste évoquant les perspectives du différend commercial opposant Alger à Bruxelles. Il semblerait que les deux parties protagonistes ont décidé de mettre de l’eau dans leur vin, recherchant des solutions, voire des propositions en vue d’aplanir le différend aux fins d’un arrangement.
Le directeur général du commerce à la Commission européenne doit s’entretenir avec des responsables algériens et des experts spécialistes du commerce extérieur et des échanges. Des réunions informelles devraient avoir lieu entre responsables algériens et européens, nous a-t-on dit. L’Union européenne craint que la Chine n’accapare d’autres parts du marché algérien au détriment de la place qu’occupent actuellement les Européens (50% des échanges commerciaux), tandis que le gouvernement algérien est soucieux d’équilibrer ses comptes extérieurs, très affectés par la dégringolade des cours du pétrole sur le marché international. C’est sur ces deux éléments, qui sont à la base même de cette mésentente commerciale inédite entre l’Algérie et son principal partenaire commercial, que seront axées les négociations entre les responsables des deux parties. Dit autrement, il s’agit de faire des propositions tenant compte des intérêts commerciaux et économiques des uns et des autres sans que l’on puisse porter préjudice à un partenariat de longue date.
Le dossier est très sensible pour les deux partenaires car, au-delà des arguments qu’ils défendent, aucune partie n’a intérêt à ce que la relation s’envenime davantage. L’Europe étant le principal et traditionnel débouché du gaz algérien, alors que l’Algérie représente un partenaire commercial de taille pour l’Europe qui, selon les statistiques des douanes algériennes, pèse pour 50% dans les échanges commerciaux de l’Algérie avec le monde. Tout a commencé lorsque la Commissaire européenne du Commerce, Cécilia Malmstrom, a ouvertement critiqué les mesures du gouvernement algérien liées à l’encadrement des importations.
Devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Cécilia Malmstrom n’a pas hésité à qualifier lesdites mesures d’atteinte au principe de libre-échange consacré par l’Accord d’association conclu par l’Algérie et l’Union européenne et dont l’entrée en vigueur est intervenue en septembre 2005. Les déclarations de Cécilia Malmstrom ont provoqué les foudres des membres du gouvernement et ses partenaires sociaux, dont le FCE et l’UGTA. Ces deux organisations ont aussitôt affiché leur «préoccupation» quant aux propos tenus par la responsable européenne au commerce, relevant dans une déclaration commune que les mesures de protection de l’économie nationale décidées par le gouvernement ne remettent nullement en cause la volonté de l’Algérie de consolider sa coopération économique avec ses partenaires stratégiques dont l’UE fait partie. Le ministre du Commerce avait appelé au calme et au dialogue, mardi, soulignant que l’Algérie «avait bien expliqué aux partenaires de l’Union européenne, avec qui nous avons une relation stratégique, que nous traversons une période très difficile sur le plan financier et particulièrement au niveau de la balance commerciale et celle des paiements, et qu’il s’agit aussi d’une période transitoire». En tout cas, l’arrivée, aujourd’hui à Alger, d’Ignacio Garcia Bercero s’annonce comme une volonté franche de l’Union européenne de tirer au clair les éléments d’une mésentente commerciale qui ne doit pas avoir lieu. Il sera question de donner le coup de starter à une série de discussions devant aboutir à un arrangement tenant compte des préoccupations des uns et des autres.