Ça y est, les derniers jalons du Ramadan sont posés. Les prix de tout ce qui est mobile sont en alerte augmentation et les bourses, déjà éprouvées par les dommages collatéraux de la Covid-19, sont en mode courant d’air. L’association des consommateurs a beau expliquer que la conjoncture actuelle d’entre deux récoltes explique tout ce chamboulement, la ménagère, elle, ne sait plus à quoi ni à qui se vouer, et n’y croit pas du tout.

De Constantine, Hamid Bellagha
Un tour dans n’importe quel marché de la ville vous renseignera sur la frénésie qui a atteint la mercuriale. Le poulet, qui défraye la chronique depuis quelques semaines, semble se stabiliser à 320 DA le kg, ce qui est bien loin de son prix très abordable à l’entame des deux derniers Ramadan. Et si les viandes rouges sont au beau (prix) fixe, «c’est que cette catégorie de viande a atteint un sommet au-delà duquel elle ne se vendrait plus», nous expliquera un membre de l’association citée plus haut. Et si, encore un si, l’oignon, la tomate, la pomme de terre et la carotte se disputent le haut du podium quant à l’indécence des prix, la courgette «avec sa coiffe» ne dépasse pas les 80 DA, ce qui va surement rendre jaloux nos amis du côté d’Alger où ce fruit – eh oui, la courgette est un fruit au même titre que la tomate, le poivron, l’aubergine ou encore l’olive – est très apprécié sur les meïdas algéroises.
Côté fruit, sucrés et acidulés, les prix jouent aux montagnes russes avec l’orange Thomson, qui va bientôt tirer sa révérence saisonnière, sèche comme une peau fripée, mais dont le prix dépasse allègrement les 200 DA, tandis que la double fine se négocie autour de 150. La banane, se souvenant de son caractère exotique, hausse son ton et son prix à 250 DA, tandis que la nèfle et la pastèque, nouvellement arrivées sur les étals, ne se laissent pas faire à moins de 200 DA. Les pommes ? La décence nous interdit de donner son prix.
Mais le plus surprenant dans cette aliénation annoncée, ce ne sont pas les chaînes interminables des marées humaines, agglutinées autour des vitrines du supermarché UNO pour deux bidons d’huile et plus si affinités avec la police qui joue au… gendarme pour réguler le flot ininterrompu des adeptes de la fièvre acheteuse. Ni celles qui se forment pour une pénurie de semoule créée de toute pièce. Le plus étonnant est le montant atteint par la sardine «le poisson du pauvre». Après avoir flirté pendant des mois autour des 600 DA le kilo, puis 800, voilà que ce poisson bleu se voit pousser des centimètres de plus pour affronter son autre cousin de la famille des poissons bleus, le merlan (eh oui, le merlan est un poisson bleu). Puis, à quelques heures du premier gong du Ramadan, la sardine, qui, selon la légende, a bouché le port de Marseille, s’introduit dans la légende locale en bouchant toutes les méninges de bon sens, s’affichant fièrement à 1 200 DA !
Sa majesté la sardine est donc rentrée dans le club ouvert, pas fermé, des poissons dépassant les 1 000 DA, même si le merlan, dans un effort titanesque, est monté à 1 700 DA, évitant l’humiliation suprême par un plus petit que lui.
Bref, encore et toujours, le Ramadan ne sera pas un mois de piété ni de ferveur religieuse. Il sera un mois avec, toujours, de longues soirées, que l’on meublera, à défaut de programme télévisuel décent, avec des discussions animées sur l’arrivée imminente de l’huile de table, d’une baisse espérée du prix de la tomate, et d’un frik que l’on pourrait acquérir sans tomber dans le panneau de la peinte en vert, une transformation d’un vulgaire blé en ingrédient indispensable à une bonne chorba… frik. Saha f’tourkoum quand même ! n