En dépit d’une forte production, les prix de la pomme de terre s’enflamment, au grand détriment des ménages dont le tubercule est devenu indispensable.

Alors que l’ensemble des chambres froides, implantées dans les zones à fort potentiel de pomme de terre, regorgent de ce tubercule suite à une très forte production enregistrée à la fin de la période de récolte de juin dernier, le prix actuel du tubercule affiché sur les étals des ne reflète pas cette abondance. Du coup, on peut vite déduire que la spéculation est à l’origine de ce paradoxe. Selon les présidents des chambres de l’agriculture des wilayas grandes productrices de pomme de terre, à savoir El Oued, Aïn Defla et Mostaganem, contactés par nos soins hier, « le prix du kilogramme de la pomme de terre, compte tenu de la forte production, ne devrait pas dépasser les 60 DA sur toute la frange du nord du pays mais de là à être affiché à 85 DA, voire plus, cela veut dire que le marché de la pomme de terre est sous le diktat de spéculateurs sans scrupule ». Une conclusion que partage le président de la commission nationale des mandataires des marchés de gros, Mohamed Medjeber, cité hier par l’APS. Et de faire savoir dans ce sens « que depuis quelques jours, les marchés de gros du pays réceptionnent des petites quantités, rendant l’offre très en deçà des capacités réelles de réception des mandataires ».

Ce responsable a en outre indiqué que « le marché de la pomme de la terre est détenu par une mafia » qui vise à maximiser son gain au détriment du citoyen, en manipulant l’offre émise sur le marché.

La stratégie est simple, selon Medjeber. « Des centaines de tonnes de pommes de terre sont actuellement gardées dans des frigos et ne sont distribuées qu’au compte-goutte, et ce, afin de faire pression sur l’offre et donc sur les prix de vente en gros ». Et d’ajouter : « Avec un prix de gros élevé, cela a forcément une répercussion sur le prix au détail ». C’est tout à fait vrai puisque depuis ces trois derniers jours, les prix n’ont cessé de grimper, même la où l’on s’attendait le moins, c’est-à-dire dans les villes des régions productrices de pomme de terre. Une tendance à la hausse qui, selon le président des mandataires, « va se maintenir tout au moins jusqu’à la semaine qui va suivre l’Aïd El Adha ». Faut-il rappeler, au passage, que le prix de ce tubercule, devenu indispensable dans chaque ménage, est proposé à 90 DA dans de nombreux marchés populaires de la capitale et dans certains quartiers à 100 DA, alors qu’il était cédé il y a moins de 15 jours à un prix plafond de 50 DA. A travers cet écart de prix en l’espace de quelques jours et sans justification aucune, il devient aisé de comprendre que le marché de la pomme de terre est sous le coup d’une « régulation » fomentée par une faune d’intermédiaires. Devant cet état des lieux, le Conseil national interprofessionnel de la filière pomme de terre (CNIFPT) estime que pour « sortir de cette anarchie », les pouvoirs publics devraient intervenir en instaurant un prix plafond du détail en prenant en compte l’intérêt des producteurs, des patrons de chambres froides, des mandataires ainsi que des détaillants. Cela peut se faire pour peu que tous les acteurs s’impliquent dans cette démarche. A propos des détaillants, M. Medjeber dira qu’« ils prennent une marge bénéficiaire importante ».

Soulignons que ce dernier, qui est aussi président de l’Association des mandataires des marchés de gros des Eucalyptus, a assuré que les prix des fruits et légumes obéiront aux mécanismes de l’offre et de la demande sur le marché de gros lors de ces prochains jours de fête. Ainsi, le responsable s’attend à ce que leurs prix restent «stables» durant les fêtes, si ce n’est qu’ils connaissent une légère hausse, du fait du manque du personnel de cueillette.

«L’offre pourrait éventuellement baisser sur le marché de gros en raison du manque de cueilleurs sur les plantations, eux qui viennent généralement de différentes wilayas du pays et qui rentrent fêter l’Aïd chez eux. De ce fait, les prix tendent parfois à augmenter durant ce genre d’occasions». Le représentant des mandataires s’est aussi prononcé sur la cherté des fruits. Il a expliqué que c’est en partie dû au fait de la faiblesse de l’offre. « Mais avec l’entrée en production prochaine de nombreux vergers, les prix vont, à coup sûr, diminuer », a rassuré enfin
M. Medjeber.