Si Lionel Messi a bien failli débarquer à Manchester City, la Premier League s’est construite depuis des années sans l’apport des plus grandes stars du jeu. Ce n’est pas faute de moyens ni de challenges excitants à proposer aux Neymar, Ronaldo, Messi et autres Mbappé. Alors pourquoi le meilleur championnat du monde ne possède pas les meilleurs joueurs du monde ?
Cette fois, le coup est passé tout près. Lionel Messi aurait comblé le dernier point faible de la Premier League par rapport à certains de ses concurrents européens. Mais le Barça n’a rien voulu savoir et encerclé l’Argentin de barbelés. Manchester City devra faire sans lui cette saison, et la Premier League aussi. C’est un bien curieux paradoxe qu’entretient l’Angleterre. Meilleur championnat du monde, sans conteste possible, le plus dense, le plus concurrentiel, il est pourtant dépourvu des grandes stars du jeu.
Si Gareth Bale devrait donner plus d’éclat à la Premier League en débarquant à Tottenham, le Gallois est très loin de figurer parmi les meilleurs joueurs du monde aujourd’hui. Les quatre fantastiques du football européens, ses quatre individualités les plus brillantes, boudent l’Angleterre. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, bien sûr, mais aussi Neymar et Kylian Mbappé animent la Liga, la Serie A et la Ligue 1 chaque week-end. Pure coïncidence ?

CINQ STARS SUR LE MARCHÉ, AUCUNE EN PREMIER LEAGUE
Les clubs anglais ont des moyens incomparables avec le reste de l’Europe. Ils semblent pourtant loin des grandes transactions des dernières années. Les mouvements des plus grands noms restent rares, leurs salaires pharaoniques sont des boulets dissuasifs. Mais, depuis trois ans, cinq grandes stars ont été mises sur le marché. Aucune n’a atterri en Premier League et les rumeurs concernant les clubs anglais (Manchester United pour Griezmann ou Ronaldo) n’ont jamais semblé crédibles.
Dans l’intervalle, les arrivées les plus onéreuses du Royaume se nomment Kepa, Rodri, Allison, Laporte ou Pépé. Des potentiels, énormes certes, mais aucun immense nom installé, aucun top 10 au classement du Ballon d’Or. Depuis 2017, la plus grande star débarquée en Premier League s’appelle Pierre-Emerick Aubameyang. Mais ses accomplissements, bien qu’impressionnants en Bundesliga, restaient alors très loin des standards de Messi, Ronaldo ou Neymar.

ELLE N’ACCUEILLE PAS LES STARS, ELLE LES FABRIQUE
Le cas Mohamed Salah est en revanche symptomatique de ce dont raffole la Premier League. Recruté à 24 ans pour 42 millions d’euros après une belle saison à Rome (19 buts et 12 passes décisives), il a explosé sous le maillot des Reds pour devenir une référence mondiale à son poste. La Premier League ne recrute pas de méga-stars parce qu’elle préfère les fabriquer. Salah et Kevin De Bruyne en sont les plus éclatants exemples aujourd’hui. Ils suivent des chemins tracés par Didier Drogba ou Eden Hazard avant eux. Un parcours qu’a suivi l’un des deux plus grands joueurs du XXIe siècle : Cristiano Ronaldo. Débarqué anonyme à Manchester United, reparti avec un Ballon d’Or sous le bras, il s’en est allé quand il est devenu trop gros pour la Premier League. Contrairement au Real Madrid ou au FC Barcelone et malgré des moyens parfois comparables voire supérieurs, aucun club anglais n’éprouve le besoin d’accueillir les meilleurs joueurs du monde. Question de tradition, d’ADN. La Premier League n’a couronné que deux Ballons d’Or lors des 50 dernières années (Ronaldo en 2008 et Owen en 2001), soit autant que le championnat ukrainien ou la Ligue 1. Depuis 1969, seuls cinq hommes ayant remporté la plus haute distinction individuelle ont joué en Angleterre (Ronaldo, Owen, Gullit, Shevchenko et Keegan). Bien sûr, le Royaume-Uni fut longtemps étanche aux talents étrangers contrairement à la Serie A par exemple. Mais depuis 30 ans, la Premier League s’est largement internationalisée.

LA PREMIER LEAGUE EN A-T-ELLE BESOIN ?
La question est de savoir si la Premier League a besoin de superstars ? Si elle ne se suffit pas à elle-même ? Jürgen Klopp, le coach de Liverpool, a livré une partie de la réponse lorsqu’il a été interrogé sur une potentielle arrivée de Lionel Messi dans son équipe : «Je ne suis pas sûr que la Premier League ait besoin d’un coup de pouce, mais ce serait un coup de boost, a estimé l’Allemand en conférence de presse en août. Ce serait intéressant à voir. Messi n’a jamais joué dans un autre championnat qu’en Espagne. Le football est différent ici, alors j’aimerais vraiment le voir.» La Premier League, championnat le mieux vendu et le plus visible dans le monde, n’a pas besoin, contrairement à la L1 par exemple, de Messi, Ronaldo ou Neymar pour très bien se vendre. Et les grandes stars du jeu savent aussi qu’elle est la moins docile des ligues européennes. Signer au PSG, au Bayern ou à la Juventus, c’est avoir l’assurance de finir l’année avec trois voire quatre trophées. Signer au Real Madrid, c’est avoir une chance sur deux de terminer champion et finir la saison avec des statistiques irréelles. La hiérarchie plus incertaine en Premier League, la concurrence plus féroce rend le pari plus risqué.
DES PROJETS COLLECTIFS… À UNE EXCEPTION PRÈS
Les grands projets des clubs anglais se structurent aujourd’hui autour des coaches : Pep Guardiola à Manchester City et Jürgen Klopp à Liverpool. Deux projets collectifs qui excluent l’idée même de méga-star à une exception près : Lionel Messi aurait collé au projet de Guardiola. Les stars, en Angleterre, sont sur les bancs (Ancelotti, Mourinho).
Reste une exception notable depuis le Chelsea du début du siècle qui s’est construit à coups de grandes stars onéreuses (de Shevchenko à Torres) : Manchester United. Les Reds Devils ont importé les deux plus grandes stars de Premier League de la décennie : Paul Pogba et Zlatan Ibrahimovic.
Malgré un léger mieux la saison passée, le déclin spectaculaire de Man United depuis qu’il a emprunté cette voie n’incitera pas ses concurrents à l’emprunter. n