La relance de l’industrie mécanique en Algérie n’exclut pas les propriétaires de projets déjà opérationnels. Ces dernier pourront reprendre leur activité, a indiqué, une nouvelle fois, le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham.
S’exprimant, jeudi, devant les membres de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN), dans le cadre du débat du projet de la loi du règlement budgétaire 2017, M. Aït Ali a précisé que ces derniers devront, toutefois, satisfaire aux nouvelles exigences contenues dans le cahier des charges, notamment en matière de taux d’intégration. Pour rappel, ce texte sera promulgué au plus tard, début juillet, avait-il annoncé la semaine dernière.
En fait, si le ministre du secteur a dû évoquer à nouveau l’avenir des opérateurs ayant déjà activé dans l’assemblage automobile, c’est parce qu’il devait répondre aux préoccupations des députés sur le sort des travailleurs qui se trouvent actuellement en arrêt de travail. En d’autres termes, la réponse du ministre signifie que ces travailleurs peuvent retrouver leurs postes si leurs employeurs décident de rompre avec la stratégie de «l’importation déguisée» au profit de véritables projets visant à asseoir une industrie mécanique telle que tracée dans le nouveau cahier des charges, évoqué par le président de la République, au dernier Conseil des ministres, qui a instruit à sa promulgation dans les plus brefs délais. En laissant la porte ouverte aux propriétaires d’usines en activité (mais à l’arrêt technique pour épuisement de stocks de kits SKD-CKD), l’intervenant à l’APN n’a toutefois pas manqué de dire une nouvelle fois ce qu’il pensait de ces projets. Dans la logique de ses critiques renouvelées contre ce qu’il appelle lui aussi «importation déguisée», Ferhat Aït Ali a, en effet, tenu à préciser que «ces projets ne sont que de simples structures ne disposant nullement des moindres conditions de fabrication». C’est dire combien sera difficile la tâche de reprendre pour la majorité des opérateurs visés. Et pour cause, après avoir raté l’occasion de mettre en place les bases d’une industrie de montage automobile, en dépit des nombreux avantages qui leur ont été servis sur un plateau ces dernières années, notamment le régime préférentiel pour l’importation des kits SKD-CKD, on voit mal par quel enchantement ces opérateurs pourront-ils renouer avec leurs activités dans la nouvelle configuration introduite par le cahier des charges. Désormais, plus de régime préférentiel, notamment en matière de taxes, plus d’extras en matière de montage de projets, mais aussi des investissements qu’il faudra consentir, sur fond d’engagements qui tendent à garantir à la branche mécanique un tissu industriel digne de cette appellation, notamment sur le registre de la sous-traitance locale, parent pauvre du secteur depuis l’avènement de l’assemblage automobile typiquement «made in bladi».
La mission de reprise semble donc impossible au vu des données actuelles qui s’expriment sur le terrain. Et auxquelles il faudra ajouter le cas de la grande majorité des propriétaires d’usines d’assemblage automobile, à savoir leur incarcération, et des projets à l’arrêt, alors que leur devenir demeure flou. Le dernier exemple est celui de l’usine Sovac Production, à Relizane, dont le propriétaire, Mourad Oulmi, est passé devant le juge mercredi dernier (voir article consacré au procès de cette affaire), en compagnie de plusieurs co-accusés, dont l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyhia et l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines Youcef Yousfi, et son prédécesseur à ce poste Abdessalem Bouchouareb, considéré comme l’artisan principal de la grande arnaque automobile en Algérie, et qui se trouve en fuite à l’étranger.
En somme, même s’il ne l’affirme pas de manière directe, le ministre de l’Industrie et des Mines est le premier à savoir que les propriétaires de projets auxquels il fait référence ne remplissent pas les conditions qui leur permettraient de s’engager dans une véritable industrie mécanique. Sauf si les constructeurs auxquels ils sont associés décident de poursuivre l’aventure en prenant à leur charge les mesures introduites par le nouveau cahier des charges, ou, dans un autre cas de figure, c’est l’Etat qui décide de reprendre à son compte les projets en réorientant les activités des usines vers une industrie mécanique qui commencerait non pas par l’assemblage de véhicules, mais par la production de pièces au service de l’intégration locale. Ceci d’autant que «ces projets ne sont que de simples structures ne disposant nullement des moindres conditions de fabrication», soutient Ferhat AÏt Ali. <