Nom : équipe du Front de Libération Nationale. Date de création : 13 avril 1958. Nombre de joueurs : 33. Tactique : un pour tous et tous unis pour défendre l’Algérie libre. Objectif : La consécration suprême ou l’Indépendence. Palmarès : Gain de cause et noms gravés en lettres d’or dans les annales du football algérien. On ne pouvait trouver meilleure présentation pour ce qui représente le « prologue » de notre équipe nationale.

Pour le commun des mortels, le football est un sport de sacrifices. Pour arriver au but voulu, il faut, c’est une exigence même, que l’ensemble des troupes rame dans la même direction. Aujourd’hui, on prise les trophées et la gloire pour marquer l’histoire de son empreinte et inscrire son nom sur les tablettes.
Jadis, pas très loin de nous, pour les moins jeunes bien sûr, il se trouvait un groupe qui se battait aussi pour une cause. Loin du « bling bling », des médailles et des podiums, près d’un peuple qui menait une révolution pour gagner son Indépendance et sa Liberté naquit une équipe, celle du Front de Libération Nationale, qui deviendra une partie indélébile d’un combat grandement mené.
Bien qu’elle n’ait existé ou duré que cinq petites années chargées de symboles, qu’elle n’ait pas été reconnue par la FIFA après sa fondation, les précurseurs de l’actuelle équipe nationale ont réussi à faire entendre le cri, la voix d’une Algérie vivant les affres de la colonisation. Forcément inhumaine et semée de drames. Le sport, lui aussi, a été employé par le Front National de Libération dans la lutte face au colonisateur français en décidant de bâtir une équipe pour représenter, et avec quel talent et abnégation, de courage, le pays à l’échelle internationale. Son image.

Opération « top-secret »
Si, aujourd’hui, les convocations sont envoyées par fax aux clubs dans lesquels jouent nos internationaux, à l’époque, tout s’est fait dans le secret le plus total. Les temps ont changé grâce à ces footballeurs-militants qui n’ont rien demandé, tout donné pour leur pays du cœur. Le sens propre d’un mot que beaucoup utilisent mais restent toutefois atrophiés par l’idée de joindre l’acte à la parole.
Responsabilités et sacrifices, des mots bien pesants, dont Rachid Makhloufi et les autres ont su cerner la définition tant sur la forme que sur le fond. Un appel de la Patrie auquel ils ont répondu en faisant abstraction à tout ce que leur avenir footballistique promettait.
Brader sa place en équipe de France, qui était sur le point de disputer une Coupe du monde (1958), et venir accomplir le devoir national en troquant la tunique bleue, qui comptait déjà une étoile, contre celle de l’équipe FLN cousue avec les couleurs vert et blanc. Ambassadeurs d’une Algérie que l’ennemi voulait française, Abdelhamid Zouba et consorts ont fait leur choix et choisi leur camp et leur nouvelle raison de jouer au football : l’Algérie algérienne. Même si, dans ce contexte, on ne peut pas parler de figure de proue parce que l’humilité était requise et l’intérêt de la nation passait avant tout, les renoncements variant d’un joueur à l’autre.

Le talent au service du devoir
Cette sélection du temps colonial comptait tout de même des éléments au talent indéniable. On peut même parler de cracks de football à cette période à l’instar du défunt Mustapha Zitouni qui nous a quittés le 4 janvier 2014 à l’âge de 85 ans. Un véritable tôlier en défense courtisé par le prestigieux club de Madrid : le Real, déjà un des monstres sacrés de l’époque. Pour ne citer que lui. C’est pour dire que l’effectif dont disposait Mohamed Boumezrag, l’entraîneur-joueur du team du FLN, était clinquant. Il avait plus que fière allure. Capable de battre n’importe quel adversaire.
Avant qu’elle ne cesse d’exister, cette formation, désormais légendaire, a eu le temps de disputer 83 rencontres pour 57 victoires, 14 nuls et 12 défaites inscrivant 349 buts contre 119 encaissés. Au-delà de ces statistiques ébouriffantes qui témoignent bien du degré de performances atteint par Abdelaziz Ben Tifour & cie, l’enjeu premier (et c’était une condition pour la tenue de chaque rencontre) restait que le drapeau du pays de Mohamed Larbi Ben M’hidi et ses frères soit hissé dans les quatre coins du monde. Que l’hymne « Kassaman » résonne dans les cieux pour faire parvenir la cause algérienne.
Aujourd’hui, on fête le soixantenaire du déclanchement de la Guerre de libération et on parle toujours des ces braves hommes qui ont écouté, leur cœur, le cri de détresse de leur patrie-mère. En maniant le cuir comme rarement on peut le faire aujourd’hui, le message est passé et après plus d’un demi siècle, on se retrouve à raconter leurs prouesses. Certains sont toujours en vie, d’autres ne sont plus de ce monde mais une certitude quand même : leur bravoure sera toujours contée et ils vivront à travers d’autres générations.

Un prototype de réussite
Derrière la réussite de l’équipe du FLN, il y avait un dévouement dans le travail et la gestion. Pour bâtir ce qui était une « Dream Team » dans la passe difficile, dramatique que connaissait l’Algérie, il aura fallu prendre des décisions lucides et agir avec prudence en voyant toujours plus loin que le bout de son nez. Des rencontres secrètes avec les joueurs, en passant par la pertinence des mots choisis pour les convaincre de rallier à la cause, pour arriver à ce passage de témoin pour l’équipe nationale «officielle» en 1963 juste après l’indépendance, les étapes ont été respectées et ces nobles enfants de l’Algérie ont su tirer leur révérence le moment venu. Ils ont, surtout, compris que l’intérêt de la nation passait avant tout, que leur mission était arrivée à terme une fois l’objectif escompté atteint. Aujourd’hui, l’Algérie à une fédération qui gère les affaires de sa balle ronde.
Depuis, on ne pourra certainement pas dire que les choses sont restées en point mort. Les héritiers de Mokhtar Arribi ont entretenu le flambeau par la suite offrant à l’Algérie 4 participations en Coupe du monde et un sacre continental en 1990 sur ses terres libres. Si l’équipe qui comptait le regretté Abdelhamid Kermali et les autres n’était pas reconnue par l’instance internationale du football, les Fennecs ont même occupé la 15e place du classement universel un jour. Une belle revanche et l’aboutissement d’une idée qui a transpercé le temps. En 2018, notre sélection est composée d’une majorité de binationaux ayant opté pour le pays de leurs grands-parents. Quelque part, derrière l’écusson floqué sur la tunique des « Guerriers du Désert », se cache celui de l’équipe du FLN qui a montré la voie à Madjid Bougherra et ses compatriotes. Il faut se rendre compte de l’héritage et de la lourdeur du fardeau laissé par les camarades de Mohamed Maouche qui a dit un jour : «Avec le recul du temps, je peux dire qu’aucun d’entre nous ne regrette. Nous étions des révolutionnaires. J’ai lutté pour l’indépendance.» Une phrase qui n’a tout simplement pas de prix comme… la Liberté.

 

Les joueurs de l’équipe du FLN toujours en vie
Abdelhamid Zouba (88 ans), Rachid Makhloufi (82 ans), Mohamed Maouche (82 ans), Dahlmane Defnoune (82 ans), Kaddour Bekhloufi, (84 ans), Saïd Amara (85 ans), Mohamed Soukhane (87 ans), Smaïn Ibrir (85 ans), Boudjemaa Bourtall (85 ans), Abdelkrim Kerroum (82 ans), Hassan Chabri (87 ans), Hocine Bouchache (86 ans), Saïd Amara (85 ans)