Dans cet entretien, le président du conseil d’administration du cluster Green Energy souligne l’importance de la contribution des acteurs locaux de la filière à la réalisation des centrales photovoltaïques prévues dans l’appel d’offres de 1000 MW, ainsi que la perception du cluster sur les conditions du cahier des charges inhérent à cette sélection. Il met également en relief les perspectives qu’ouvre le programme de développement des énergies renouvelables, en particulier dans le domaine de l’agriculture ainsi qu’en termes d’emploi.

Reporters : Vous venez d’être désigné président du cluster Green Energy. Quelle est votre feuille de route à court et moyen termes pour contribuer au développement des énergies renouvelables en Algérie ?
Mehdi Bendimerad : Le Conseil d’administration m’a, en effet, désigné président le 18 avril 2022. L’objectif pour lequel je me suis engagé, et sur lequel le Cluster a toujours œuvré, est de renforcer nos capacités d’action au cœur de la transformation et de la transition énergétique. Cela passe par le renforcement des membres à court terme, la présence de notre organisation à toutes les rencontres, débats ou journées scientifiques pour faire passer les idées du Cluster.
Nous sommes une force de proposition vis-à-vis des pouvoirs publics et nous représentons toute la chaîne de valeur de la transition énergétique (industriel, service, centre de recherche, université). A moyen et long terme, c’est de mettre au centre de tous les débats que le futur passe par une profonde mutation de notre mix énergétique et que nos engagements pour remplir l’objectif 7 des Nations unies, «garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable», soient remplis.

Comment voyez-vous en tant que premier responsable du cluster la contribution de ce groupement d’acteurs de la filière à la réalisation des centrales photovoltaïques programmées dans l’appel d’offres de 1000 MW ?
Nous avons eu de nombreuses réunions avec nos membres afin de pouvoir mettre en forme une offre globale pour répondre aux besoins des appels d’offres des premiers 1000 MW. Nous avons recensé les capacités locales susceptibles de répondre au premier cahier des charges et l’engagement des acteurs à appréhender les futurs appels d’offres. D’ores et déjà, nous pouvons nous engager à produire localement pour chaque appel d’offre :
– 35% des modules (Panneaux photovoltaïques) ;
– 60 à 80% des structures métalliques en fonction des types ;
– 100% des câbles ; équipement électrique pour 4 500 cellules au moins ;
– 30% en EPC ;
– 30% Opération et Maintenance.

Le Cluster salue d’ailleurs la décision des pouvoirs publics d’imposer 30% de contenu local qui ira crescendo au fur et à mesure du déploiement des projets.

Quelles sont, selon vous, les principales raisons du report de l’ouverture des plis inhérents à l’appel d’offres de 1000 MW prévu le 15 juin dernier ?
Il vaut mieux le demander à l’entreprise Shaems, qui est le principal interlocuteur. Il y a eu des réponses insuffisantes pour l’instant à certaines questions, notamment sur l’aspect financement qui est primordial pour ce type d’investissement à long terme. Il faudra que ce qui est offert suivant les dispositions actuelles soit adapté au schéma de ce type d’investissement, sinon il faudra innover pour trouver des solutions de financement extérieures alternatives.

L’appel d’offres de 1000 MW a-t-il suscité l’engouement des compagnies étrangères spécialisées dans les énergies renouvelables ?
Effectivement, c’est un programme exceptionnel avec un partenaire de choix, Shaems (issue à 50% de Sonatrach et 50% Sonelgaz). Quelle est la meilleure garantie ? Pour preuve, plus de 100 compagnies de plus de 18 pays ont retiré le cahier des charges, elles représentent plus de 90% des retraits.

Quelle est la perception du cluster sur les conditions du cahier des charges et la rentabilité des projets de réalisation des centrales photovoltaïques prévus dans l’appel d’offres de 1000 MW ?
Comme je l’ai dit plus haut, un projet de type IPP est technique et financier et demande beaucoup d’engineering et de savoir-faire pour arriver au plus bas prix du kilowattheure.
En terme plus clair, il faut que le LCOE (Levelized Cost of Electricity), c’est-à-dire le coût actualisé de l’électricité, soit défini comme le prix auquel l’électricité produite sera vendue pour que le système atteigne le seuil de rentabilité à la fin de sa durée de vie.

Quelle pourrait être la contribution de votre société SPS dans la réalisation de ces centrales photovoltaïques ?
Nous pouvons réaliser 500 MW en structure (fixe ou tracker).

Comment voyez-vous les perspectives de développement de l’industrie locale spécialisée dans la fabrication d’équipements ou de composants de centrales photovoltaïques ou d’éoliennes, de pièces ainsi que dans la partie réalisation et production de services (contenu local) et celles relatives à la création d’emplois ?
Avec un tel programme (15 000 MW sur les 15 prochaines années), cela va attirer un grand nombre d’intervenants locaux. Une dynamique importante va se mettre en marche. Les investissements peuvent être lourds et surtout avec des avancées technologiques rapides. Il faudra pouvoir les amortir et de ce fait assurer la pérennité de ceux-ci sans retard qui peuvent avoir des impacts importants en termes d’obsolescence des produits.
Toute la chaîne de valeur locale va connaître une profonde mutation pour répondre aux besoins de ces programmes. Ce sera bien sûr les industriels mais aussi tous les services liés comme l’opérationnel et la maintenance, les centres de recherche, les universités et centres de formation qui vont adapter leur programme suivant les nouveaux besoins, le système bancaire.
Un autre secteur va bénéficier de cette transformation, c’est l’agriculture, en visant l’électrification hybride solaire-diesel de l’ordre de 138 000 ha. Ce sont des applications visibles et surtout efficaces destinées à participer à la sécurité alimentaire du pays. Au niveau emploi on peut tabler sur plus de 68 000 emplois directs.