Par Feriel Nourine
Entamé en grande pompe en 2018, le mégaprojet algéro-chinois d’exploitation du phosphate intégré de Tébessa a connu un grand retard, empêchant sa mise en service, prévue initialement en 2022.
Le retrait du partenaire chinois, en 2019, avait porté un coup dur aux négociations, restées au point mort, alors que l’Algérie pensait avoir trouvé en ce mégaprojet un gisement à dividendes multiples, notamment en matière de création d’emplois et de rentrées en devises via d’immenses potentialités d’exportation. Mais depuis le 22 mars dernier, la voie de la concrétisation semble avoir été rouverte à la faveur de la signature d’un pacte d’actionnaires entre les groupes algériens Asmidal (filiale de Sonatrach) et Manal et de nouveaux partenaires chinois, en l’occurrence les sociétés chinoises Wuhan et Tian’An.
Les deux partenaires ont créé, à cet effet, une société mixte, dénommée Algerian Chinese Fertilizers Company (ACFC), détenue à 56% par la partie algérienne et à 44% par la partie chinoise. ACFC investira un montant de près de 7 milliards de dollars dans ce mégaprojet. Un montant qui n’a d’égal que l’envergure du mégaprojet dont il est question. Et que le président de la République a de nouveau mis en évidence trois semaines après la naissance de la société mixte, en saisissant l’occasion de la réunion du Conseil des ministres tenue dimanche.
A l’issue d’un exposé sur l’avancement dudit mégaprojet, Abdelmadjid Tebboune a instruit « d’accorder une importance majeure et exceptionnelle au suivi strict et sur le terrain de ce projet dont la concrétisation mérite tous les sacrifices, étant l’un des projets phares et décisifs pour le secteur minier dans l’histoire de l’Algérie, contribuant à la diversification de l’économie nationale et à la création d’une nouvelle richesse », indique un communiqué de la Présidence. En ce sens, le chef de l’Etat a donné des instructions pour « accélérer l’aménagement et la réalisation de la ligne ferroviaire Tébessa-Port d’Annaba pour le lancement et la concrétisation effective de ce projet important avec nos partenaires chinois », ajoute le communiqué.
Visiblement, le premier responsable du pays veut exploiter cette étape, rendue favorable à la concrétisation du projet par la création d’une société mixte algéro-chinoise, pour pousser les responsables concernés à retrousser leurs manches et à œuvrer pour cette concrétisation. Ceci d’autant que les pouvoirs publics se trouvent aujourd’hui face à un plan de relance industrielle appelé à exploiter toutes les pistes disponibles dans cet objectif. Le projet de phosphate intégré constitue incontestablement une opportunité inégalable sur ce registre, à travers l’exploitation minière et la production d’engrais. Il englobe le développement et l’exploitation du gisement de phosphates de Bled El Hadba, Djebel Onk, wilaya de Tébessa, la transformation chimique des phosphates à Oued Keberit, wilaya de Souk Ahras, la fabrication des engrais à Hadjar Soud, wilaya de Skikda, ainsi que des installations portuaires dédiées au niveau du port de Annaba.
Après l’achèvement du projet, la société produira à terme 5,4 millions de tonnes d’engrais par an. Le PPI permettra la création d’environ 12 000 emplois en phase construction et, à terme, en phase exploitation, environ 6 000 emplois directs et 24 000 indirects. Il permettra, en outre, à l’Algérie « d’être l’un des principaux pays exportateurs d’engrais et de fertilisants », avait indiqué le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, lors de la cérémonie de création d’Algerian Chinese Fertilizers Company.
« L’Algérie produit près de 3 millions de tonnes d’urée. Avec ce projet, elle produira plus de 6 millions de tonnes de produits phosphatés annuellement », a fait savoir M. Hakkar, expliquant que le PPI comprend également des projets d’infrastructures connexes nécessaires pour l’accompagner, estimés entre 5 à 6 milliards de dollars.
« Ce projet va mobiliser beaucoup de ressources financières, humaines et techniques. Il aura des impacts sociaux et économiques, notamment dans l’est du pays. Il concerne quatre wilayas mais il touchera indirectement jusqu’à sept wilayas », a détaillé le même responsable, précisant que la signature du pacte d’actionnaires, le 22 mars dernier, constitue « une première étape avant un grand travail pour le lancement des travaux ».
De son côté, le PDG du Groupe Asmidal, Mohamed Tahar Heouaine, avait fait une présentation succincte des deux sociétés chinoises engagées dans le projet, assurant que Wuhan et Tian’An « a une grande expérience dans la technologie, la production d’engrais et l’exploitation minière du phosphate ».
Dans un premier temps, a-t-il expliqué, la société algéro-chinoise ACFC « effectuera l’ensemble des études économiques et techniques. Par la suite, une partie de la production sera orientée vers le marché local et une grande partie sera orientée vers l’export, ce qui fera de l’Algérie l’un des importants producteurs et exportateurs d’engrais phosphatés sur le plan international », a-t-il expliqué. Soulignant que le PPI « utilise les dernières technologies pour une production importante de composants écologiques à moindre coût en valorisant l’ensemble des rejets au profit d’autres secteurs tels que les travaux publics, la construction et les énergies renouvelables ». n