La décision prise par le ministre de l’Industrie pharmaceutique de la supprimer devrait relancer l’investissement dans l’industrie du médicament en Algérie. Elle est justifiée par le fait que les études de bioéquivalence ne concernent que le «princeps». Ainsi, un vrai coup de pouce est donné aux fabricants locaux du générique. L’initiative devrait permettre la libération de 400 à 500 projets en suspens, selon Ali Aoun.

Par Hakim Ould Mohamed
En effet, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, a annoncé, hier, depuis Oran, la fin de la bioéquivalence, qualifiée de contrainte majeure se dressant sur le chemin des investisseurs. «La bioéquivalence exigée préalablement aux investisseurs est une absurdité car il n’y a aucun organisme en Algérie qui fait la bioéquivalence», a déclaré Ali Aoun, lors d’un déplacement à Oran où il a inauguré le nouveau complexe industriel d’Orion Lab, dédié à la production des médicaments d’oncologie, le premier en Algérie.
Le premier responsable de l’industrie pharmaceutique a estimé qu’il s’agit d’un document «inutile», surtout que l’Algérie ne produit actuellement que des médicaments génériques, alors que l’étude de bioéquivalence ne concerne que les princeps.
«Dans le cas où la production de princeps sera lancée en Algérie, nous allons créer une agence spécialisée dans la bioéquivalence», a-t-il souligné.
La suppression de la bioéquivalence permettra de libérer entre 400 et 500 projets en suspens faute d’une conformité à l’exigence de bioéquivalence.
«L’étude de bioéquivalence était exigée dans les dossiers d’homologation, ce qui constituait un véritable obstacle devant les investisseurs, en l’absence d’un organisme qui délivre ce genre de document en Algérie», a souligné M. Aoun.
«L’exigence de ce document constituait un véritable obstacle devant les investisseurs et le ministère a décidé de le supprimer pour faciliter les procédures d’homologation», a ajouté le ministre.
«J’ai pris aujourd’hui cette décision de lever cette contrainte qui était ni plus ni moins qu’une entrave à l’investissement dans l’industrie pharmaceutique», a-t-il estimé, convaincu que cette mesure allait libérer les investisseurs.
Ces derniers étaient contraints jusqu’ici de solliciter les services d’organismes étrangers à coups de millions en devises pour pouvoir satisfaire cette exigence. Preuve en est qu’il y a des centaines de dossiers qui sommeillent dans les tiroirs à cause de cette contrainte réglementaire. Le responsable d’Orion Lab, Seddik Amry, fondateur et gérant, a confirmé que cette disposition est très contraignante pour les investisseurs et que sa levée constitue une avancée majeure pour le secteur de l’industrie pharmaceutique. Lequel vient d’être justement enrichi par l’inauguration, hier, par Ali Aoun, d’un complexe industriel dédié exclusivement aux produits anticancéreux, importés jusqu’ici à coups de centaines de millions d’euros. «Cette structure est une fierté pour l’Algérie car elle permet de couvrir les besoins du pays en produits d’oncologie, dont la facture d’importation s’élève à 450 millions d’euros», a souligné Ali Aoun, s’engageant devant les responsables d’Orion Lab à réfléchir à un contrat permettant à ce laboratoire pharmaceutique de placer ses produits à la PCH pour pouvoir alimenter les hôpitaux. L’usine de production de médicaments anticancers et cytotoxiques des Laboratoires Orion Lab vient de voir le jour après près de 4 années de réalisation marquées par les difficultés liées à la situation sanitaire mondiale depuis début 2020. Pour les formes sèches, les capacités de production annuelle du complexe sont estimées à 20 millions de gélules et 115 millions de comprimés. Pour les formes injectables, les capacités sont estimées à 4 millions de flacons par an. Avec un investissement qui s’élève à près de 5 milliards de dinars, Orion Lab emploiera à terme plus de 150 collaborateurs de divers profils entre pharmaciens, biologistes, ingénieurs et techniciens. Cette réalisation, qui répond aux normes et standards internationaux en vigueur pour produire des médicaments génériques cytotoxiques, a pour objectif de couvrir 100% des besoins locaux en la matière et qui permettra à Orion Lab d’exporter ses produits et d’agir en tant que façonneur (CMO) pour des laboratoires locaux et étrangers. Selon Seddik Amry, le gérant d’Orion Lab, des négociations sont déjà en cours pour l’exportation à terme des produits issus dudit complexe vers certains pays africains. Cependant, le cap est orienté d’abord vers la satisfaction des besoins nationaux. En tant que l’un des premiers laboratoires à produire ce type de médicaments, Orion Lab ambitionne de devenir un acteur majeur de l’oncologie en Algérie en contribuant à répondre aux besoins des malades atteints de cancers et à réduire la facture d’importation des médicaments. Les responsables d’Orion Lab ont indiqué que les premiers produits à être développés seront l’Abiraterone pour le traitement du cancer de la prostate, l’Imatinib pour le traitement du cancer colorectal et la leucémie, le Sorafenib pour le traitement du cancer du rein et le Sunitinib pour le traitement des tumeurs stromales digestives et du cancer du rein. Pour rappel, les laboratoires ont été créés en 2017, dans la zone industrielle de Hassi Ameur. Son portefeuille de médicaments représente près de 70 produits toutes formes et dosages confondus, répartis sur près de 40 principes actifs, à savoir 34 produits sous forme injectable stérile et 35 produits sous forme sèche (comprimés/gélules). Ces médicaments ciblent une quinzaine de types de cancers les plus répandus en Algérie. Les Objectifs futurs d’Orion LAB sont l’immunothérapie et la production de traitements biologiques innovants d’ici 2 à 3 ans. n