La visite hier à Alger du président du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Libye Fayez Al-Sarraj intervient alors que la situation en Libye est appelée à évoluer. Durant cette visite d’une journée, Fayez Al-Sarraj a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune, qui avait à plusieurs reprises réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à jouer la médiation pour résoudre le conflit.

Le porte-parole de la présidence avait également réaffirmé, le 9 juin dernier, que l’Algérie s’inscrivait naturellement dans « un rôle de médiateur afin de rassembler les parties » en conflit en Libye. Alger s’active de fait depuis plusieurs mois pour tenter d’œuvrer au règlement politique de ce conflit qui menace la stabilité de toute la région. Une menace accentuée par le jeu multiforme des différents acteurs activant dans le champ libyen. Il y a visiblement une volonté manifeste des Libyens de voir Alger jouer un rôle plus prononcé. La semaine dernière, le chef du Parlement élu, Aguila Saleh, s’est également rendu à Alger où il a rencontré Abdelmadjid Tebboune. Il avait alors déclaré que le président algérien « fera de son mieux pour réunir les Libyens » afin de dialoguer « en vue d’une solution en accord avec les résultats de la conférence de Berlin » en janvier. Au sommet de Berlin, le président Tebboune avait, pour rappel, proposé d’héberger à Alger un « dialogue » inter-libyen. L’Envoyé personnel du Chef du Gouvernement d’union nationale libyen au Maghreb, Jumaa al Qamati, avait salué il y a peu le rôle positif de l’Algérie dans l’accompagnement de la Libye pour l’édification de ses institutions et l’instauration de la stabilité, se disant favorable à tout effort algérien « visant à aider les Libyens à instaurer la paix, la réconciliation et la concorde entre toutes les franges de la société libyenne ». La Libye aspire à une plus grande coopération, a-t-il poursuivi, d’autant que « l’Algérie peut contribuer à la reconstruction des institutions libyennes importantes, comme les institutions militaires et de sécurité entre autres, outre une coopération plus importante dans divers domaines », a-t-il estimé dans une interview. La visite de Sarraj en Algérie intervient également au lendemain de l’annonce par la Ligue arabe au Caire d’une prochaine réunion ministérielle sur le conflit, à la demande de l’Egypte. Le GNA a vite annoncé qu’il boycotterait cette réunion, estimant qu’il n’a pas été consulté préalablement et qu’une réunion « par visioconférence n’est pas appropriée pour évoquer des dossiers épineux qui nécessitent des discussions et des échanges approfondis ». L’organisation panarabe avait annoncé plus tôt la tenue prochaine d’une réunion ministérielle sur le conflit. Cette rencontre virtuelle a été convoquée à la demande de l’Egypte, soutien du maréchal Haftar, dont les forces ont subi plusieurs revers dans le conflit contre le GNA. Ce dernier et la Turquie ont fait part de leur scepticisme au sujet de l’initiative égyptienne, considérée comme une manière de faire gagner du temps au maréchal Haftar, aussi soutenu par les Emirats arabes unis et la Russie. Pour les Turcs, l’instauration d’un cessez-le-feu durable en Libye passe par le retrait de la ville stratégique de Syrte des forces de Khalifa Haftar.
Tension entre
membre de l’Otan
Le porte-parole de la présidence en Turquie, principal soutien du gouvernement de Tripoli, a accusé la France de « mettre en danger la sécurité » de l’Otan en soutenant dans le conflit en Libye les forces du maréchal Haftar. « Un cessez-le-feu doit être viable, ce qui veut dire que l’autre partie, l’Armée nationale libyenne de Haftar, ne doit plus se trouver dans une position lui permettant de lancer quand elle veut une nouvelle attaque contre le gouvernement légitime », estime Ankara. « En Libye, nous soutenons le gouvernement légitime et le gouvernement français soutient un chef de guerre illégitime et met ainsi en danger la sécurité de l’Otan, la sécurité en Méditerranée, la sécurité en Afrique du Nord et la stabilité en Libye », a souligné le responsable turc. « Malgré tout cela, ils (les responsables français) continuent de nous critiquer. Mais nous travaillons avec les acteurs légitimes et c’est la France qui travaille avec les mauvais acteurs et les éléments illégitimes tout en nous pointant du doigt. Cela n’a aucun sens », a-t-il ajouté. Le pic de tension entre les deux pays intervient après un incident entre les marins des deux pays en Méditerranée. Des navires turcs qui assuraient la protection d’un cargo d’armes vers la Libye ont été gênés par une frégate française. Un face-à-face qui a failli dégénérer, les Turcs étaient prêts à ouvrir le feu. Le chef de l’Otan Jens Stoltenberg est vite intervenu en insistant sur la nécessité de respecter l’embargo des Nations unies. « L’Otan soutient la mise en œuvre de la décision de l’ONU d’imposer un embargo sur les armes à la Libye. Nous soutenons les efforts de l’ONU pour trouver une solution au conflit », a-t-il déclaré. La France a, de son côté, dénoncé le comportement jugé « extrêmement agressif » de la Turquie contre une frégate française « engagée dans une mission de l’Otan en Méditerranée lors d’une tentative de contrôle d’un cargo suspecté de transporter des armes vers la Libye ». La ministre française des Armées a dénoncé le comportement de la Turquie lors des deux journées de la réunion des ministres de la défense de l’Otan. Elle a précisé avoir été soutenue par huit pays pour obtenir cette enquête. La tension entre les deux membres de l’Alliance semble confirmer les difficultés de cette organisation militaire que beaucoup d’observateurs annoncent comme finissante. n