C’est un Karim Younes fort surpris, mais à l’émotion maitrisée que nous avons pu joindre au téléphone, hier, à l’annonce de sa mise à l’écart de la Médiature et de sa fin de fonction après 15 mois d’exercice au cours desquels il s’est distingué par un tour d’Algérie des difficultés des citoyens avec l’administration et par une parole libre sur leur désamour des organisations et des institutions officielles.

Par Nazim B.
«Je n’étais pas au courant. Je viens de l’apprendre par le biais de la presse et par le ouï-dire», nous a-t-il déclaré sur le ton de l’étonnement tout en qualifiant la nouvelle d’un «non-évènement». «L’Algérie a d’autres soucis à se faire et à régler que celui d’une personne qui s’est vouée pour être à l’écoute du citoyen et à contribuer dans la lutte contre la corruption», a-t-il déclaré.
Ainsi prend fin la mission de Karim Younès, 73 ans, investi dans ce poste en février 2020, soit au lendemain de l’élection présidentielle 2019. Auparavant, et avant la mise en branle du processus électoral, Younès a été nommé coordonnateur du «panel de dialogue et de médiation», dont l’objectif est de contribuer à la résolution de la crise politique que traversait le pays depuis l’irruption du mouvement populaire en février 2019.
Le 31 août, l’ancien président de l’APN propose le vote par le Parlement d’une loi portant modification du code électoral et une autre portant création d’une autorité nationale d’organisation des élections. Une semaine plus tard, soit le 8 septembre, le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, le charge de préparer la mise en place de l’instance d’organisation de l’élection présidentielle.
Il a été, par la suite, précisément le 17 février 2020, nommé médiateur de la République par le président Tebboune pour assurer «la fonction de médiation et de recours pour les citoyens en matière de respect des droits et libertés par les administrations, les institutions de l’Etat, les collectivités locales, les établissements publics et toute instance assurant le service public», a-t-il dit lors de son installation.
Une mission qui a pris fin officiellement hier à la lumière du communiqué de la présidence dans lequel il est indiqué que Tebboune a signé deux décrets présidentiels, le premier mettant fin aux fonctions de médiateur de la République Karim Younès, et le second portant nomination de Brahim Merad à cette fonction. Ce dernier hérite ainsi de la mission du médiateur de la République, qui s’ajoute à celle de Conseiller du Président de la République chargé des zones d’ombre qu’il assure depuis plus d’une année. Au mois de février 2021, Karim Younès expliquait, dans une interview à Reporters, que son rapport d’un an d’exercice va être remis au premier magistrat du pays. «Le rapport relatif au bilan d’activités de l’institution de médiation, de l’analyse des données recueillies et des recommandations formulées, pour la première année d’existence de cet organe, est prêt. Il sera remis en son temps au Président de la République».
Il a soutenu, par la même occasion, que les résultats de cette démarche de médiation n’ont d’intérêt que s’ils sont également communiqués aux différents acteurs de la vie sociale pour une meilleure prise en charge et, à travers les médias, à la population algérienne, pour l’assurer d’une écoute attentive et réactionnelle des problèmes soulevés de la part des pouvoirs publics.
Tout récemment, le 4 mai à Alger, il a indiqué, lors de la signature d’une convention entre la médiation de la République et le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), que l’Algérie «traverse une période critique, au plan interne et externe, menaçant la stabilité des institutions et la paix sociale». Il a plaidé pour «la recherche de solutions consensuelles pour atténuer les répercussions sociales» de la crise, estimant que «la période que nous traversons ne laisse pas de place à la confrontation politique ni à la compétition des programmes partisans…».