Larbi Ounoughi est le nouveau P-DG de l’Agence nationale d’édition et de publicité (Anep). Il a été installé hier dans ses nouvelles fonctions, en remplacement de Mme Assia Baz, dont il a été mis fin aux fonctions de Directrice générale par intérim.

La cérémonie s’est déroulée au ministère de la Communication en présence du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, qui a réitéré son engagement d’engager une refonte globale du système d’information et d’organiser 10 ateliers pour l’examen des différents aspects, dans le cadre du partenariat et du dialogue permanent avec la corporation de la presse en Algérie.
L’installation de M. Ounoughi augurera peut-être un nouvel élan pour la «boîte» de com’ la plus célèbre d’Algérie et la plus convoitée par les patrons de journaux. Et pour cause, depuis l’oukase pondu par Ouyahia, il y a près de 25 ans, les médias, aussi bien publics que privés, doivent passer par la régie de publicité étatique pour avoir de la publicité sur leurs colonnes, leur seul nerf de la guerre. Et ce n’est pas évident. D’ailleurs, il n’a pas manqué, hier, d’indiquer qu’il «s’attèlera à relever le défi et à œuvrer avec célérité à l’accomplissement de la mission qui lui est confiée, à savoir l’assainissement du secteur des forces illégales» en coordination avec la famille du secteur, appelant toutes les parties à «la olidarité absolue pour atteindre cet objectif».
Larbi Ounoughi, 63 ans, est un vieux routier de la presse. Il a commencé à user ses crayons au quotidien arabophone An Nasr en 1985. Il s’illustrera avec la nouvelle vague du quotidien de l’Est très vite, ce qui lui vaudra d’être nommé directeur de rédaction de l’hebdomadaire arabophone, El Aurès. A cette époque, la fin des années 80, An Nasr était dirigé par l’un des meilleurs cadres que le ministère de la Communication ait eu à abriter, Cherif Annane, en l’occurrence. Ce dernier adoptera une thérapie de choc qui consistait à multiplier les périodiques pour chaque région de l’Est. El Aurès, El Anab, El Hidhab, El Fadjr, un quotidien du soir, El Hadef week-end, et bien d’autres, ce qui boostera la société An Nasr d’un journal régional étatique moribond en un «bon petit canard» qui arrivait à se vendre. Et très bien.

Après la dislocation de la société
An Nasr, qui possédait entre autres le défunt hebdo sportif El Hadef et l’impression, le journal retrouvera ses vieux réflexes d’assisté. Larbi Ounoughi, devenu rédacteur en chef, sera nommé à la tête d’An Nasr quelques années plus tard, en l’an 1999 exactement. Et là, «Larbi», le fonceur, retrouvera ses vieux réflexes de «bombardier» et le journal ses couleurs. L’histoire retiendra que An Nasr est le seul journal étatique qui est arrivé à un tirage frisant les 70 000 exemplaires, avec un taux d’invendus négligeable. Ounoughi créera aussi une société de distribution pour s’éloigner des distributeurs malhonnêtes qui ont été la cause de la disparition de plusieurs journaux. Pendant 16 ans, et jusqu’en 2015, le journal An Nasr sera parmi le gotha des journaux algériens, en général, et premier, sans conteste, au sein des éditions publiques. Hamid Grine, ministre de la Communication à l’époque, voulant sûrement calquer l’expérience de Ounoughi à An Nasr, le désignera à la tête du journal étatique
El Massa, en décembre 2015, espérant que l’ex-DP d’An Nasr pourra «contaminer» sa fougue à son nouveau journal et le remettre au diapason des publications performantes. Mais la magie avait disparu, les dés pipés d’avance et Larbi Ounoughi se retrouvera prisonnier des nouveaux réflexes de prébende qui caractérisaient le secteur. Il se plaindra ouvertement au ministère de tutelle, ne comprenant pas qu’un journal public, au service d’une cause nationale, ne puisse pas bénéficier d’une publicité… étatique.
Las, déçu par les chemins de traverses que prenait la pub étatique et qui poussait la plupart des journaux étatiques dans le fossé, il finira par abdiquer et demandera à Hamid Grine d’accepter son dossier de mise à la retraite. Ce qui fut fait, et Ounoughi regagnera, peinard, son domicile à Khroub, commune de Constantine.
Mais il était dit que Ounoughi serait tiré de sa paisible retraite par les bouleversements politiques que traverse le pays depuis février 2019. Il sera contacté par Ammar Belhimer, un autre vieux briscard de la presse, pour occuper le poste de conseiller au sein du ministère de la Communication auquel il venait d’être nommé dans le gouvernement Djerad. Mais hier, le Président de la République a vu en Larbi Ounoughi le «sauveur» de l’Anep, qui aura comme dure tâche, au préalable, de débusquer les «tricheurs» du secteur et surtout de donner un nouveau souffle… d’équité à l’Agence nationale de la publicité. Le sort de beaucoup de journaux en dépend.