Par Sihem Bounabi
Une pétition est lancée pour la libération du journaliste en prison depuis soixante-dix jours.
A l’occasion du 70e jour de détention du journaliste Rabah Karèche, correspondant de Liberté à Tamanrasset, une conférence de presse a été organisée, hier, par son collectif d’avocats pour annoncer officiellement la création d’un comité de soutien et le lancement d’une pétition afin de réclamer sa libération et l’accélération de la procédure judiciaire, tout en dénonçant «les dépassements enregistrés dans son dossier».
En effet, le dernier rebondissement dans le dossier est que le procureur de la République près le Tribunal de Tamanrasset a fait appel de la décision du juge d’instruction de transférer le dossier du journaliste Rabah Karèche devant le Tribunal correctionnel. Alors que le procès du journaliste devait être programmé avant le 17 juillet, après le renvoi du dossier devant le Tribunal correctionnel, l’audience devant la chambre d’accusation près la Cour de Tamanrasset, programmée pour le 29 juin, risque d’être retardée si la chambre d’accusation décide de la poursuite de l’instruction en acceptant l’appel du procureur.
En détention depuis le 19 avril dernier, Rabah Karèche est poursuivi pour «création d’un compte électronique pour y publier des renseignements pour la promotion d’un programme d’idées, d’informations, dessins ou photos susceptibles de provoquer la discrimination et la haine dans la société», «atteinte à l’intégrité du territoire national» et «propagation d’informations ou nouvelles, fausses ou calomnieuses, susceptibles de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre public» conformément à l’article 34 de la loi relative à la prévention et à la lutte contre la discrimination et le discours de haine et aux articles 79 et 196 bis du code pénal.
Lors de leurs interventions, ses avocats ont d’emblée dénoncé «l’usage arbitraire de la détention provisoire contre les journalistes et les détenus d’opinion». L’avocat et militant des droits de l’homme Maître Saïd Zahi a ainsi dénoncé «les disparités entre la Constitution elle-même et l’application des lois sur le terrain». Il a également posé la problématique des chefs d’inculpation dont le journaliste est accusé, estimant que «le journaliste Rabah Karèche a soulevé une question pour éviter de tomber dans des problèmes encore plus graves, contrairement à ce qui a été retenu contre lui comme chef d’inculpation». Pour rappel, la détention de Rabah Karèche a provoqué une vague d’indignation. Plusieurs actions de soutien et de protestation ont été organisées depuis son arrestation par son collectif d’avocats, ses collègues de Liberté ainsi que de nombreux citoyens, dont des sit-in à la place de la Liberté de la Presse au centre d’Alger, pour réclamer sa libération. <