Le quotidien oranais El Djoumhouria a célébré, jeudi dernier, avec quelques jours de retard le 55e anniversaire de sa création. Le journal a, en effet, sorti son premier numéro le 19 mars 1963 et n’a jamais cessé de paraître depuis. Le changement qu’il a connu est dans la langue de travail passant du français à l’arabe à partir de 1974.

Il a été conduit durant plus d’un demi-siècle par plusieurs générations de journalistes dont certains sont considérés comme des pionniers et de «grandes plumes» de la presse nationale et a connu une évolution en dents de scie, passant d’une publication qui avait à ses débuts un rayonnement national à celle plus centrée sur Oran et l’Ouest algérien, en particulier, mais avec une offre éditoriale toujours marquée par l’action gouvernementale et l’information sur les grands dossiers d’actualité. Un parcours riche qui mérite d’être raconté dans un cadre plus fouillé et de recherche. Cela a sans doute motivé le déplacement à Oran, jeudi dernier, du ministre de la Communication qui a, à l’occasion de l’anniversaire mais également du Forum qu’organise régulièrement la direction du journal, animé une conférence sur «la presse algérienne face aux défis du numérique».  Pour Djamel Kaouane, la «numérisation» de la presse algérienne est non seulement une réalité, mais ce sera «la tendance dominante» pour les décennies à venir sans que les supports anciens (presse papier par exemple) ne disparaissent forcément. Il s’agit, selon le ministre, d’un média qui n’est déjà pas aussi nouveau qu’on le croit – la presse en ligne faisant déjà partie du paysage depuis des années déjà dans le monde – mais dont l’évolution est extrêmement rapide et pose des défis aussi bien aux professionnels qu’à l’Etat en tant qu’agent régulateur ainsi qu’au public lui-même.
La vitesse à laquelle cette nouvelle presse fait circuler l’information impose à la fois de nouveaux modèles économiques et de gestion, mais également, et surtout, une vigilance accrue en termes de vérification et de fiabilité de l’information diffusée.
Une précaution d’autant plus cruciale à prendre que le champ des médias, à cause ou grâce à la numérisation, est en passe d’être un champ concurrentiel d’une virulence extrême, tantôt rivalisé tantôt «cannibalisé» par les réseaux sociaux. L’enjeu, pourtant, est de bien négocier ce «virage».
«L’Algérie n’est pas en reste dans ce mouvement inéluctable vers les lendemains digitaux», a déclaré à ce sujet le ministre, qui a ajouté que «soutenir aujourd’hui que le passage au numérique est un défi pour la presse algérienne et n’est plus une vue de l’esprit, mais un constat né du réel», ajouter à cela de celui, plus inquiétant, de l’incapacité de nombreux journaux dans le pays à maintenir leur activité éditoriale. «Depuis 2014, plus de 60 titres ont cessé de paraître pour des raisons économiques», a rappelé Djamel Kaouane, faisant du contexte actuel dans la presse écrite la description d’un champ «hybride» à cheval entre la digitalisation et le papier.
«Il se passera encore un peu de temps avant que le papier ne devienne en Algérie un vecteur d’information inopérant et non viable, mais il est évident que nous sommes déjà dans l’ère technologique qui prépare à la disparition du support papier», a-t-il soutenu. «Il s’agit, bien évidemment, du devenir de la corporation qui doit, du fait de ces mutations, prendre conscience des risques qui pèsent sur ses acquis éthiques et professionnels, sans lesquels, dans la cacophonie de la sphère numérique et des réseaux sociaux, elle n’arriverait guère à marquer sa différence fondatrice et fondamentale, qui en fait un médiateur crédible et donc incontournable de l’information, l’information juste, sourcée et fondée.»
A propos du marché publicitaire, M. Kaouane a souligné que «le modèle de soutien par la publicité institutionnelle a montré ses limites» et pointé «la nécessité, pour les éditeurs, de rechercher et d’imaginer des solutions et des alternatives à la manne publicitaire publique, dont je tiens à rappeler, encore une fois, qu’elle ne représentait, à ses forts moments, que 20% de l’ensemble de la publicité disponible en Algérie». «Aujourd’hui, cette manne a reculé, en quatre années, de plus de 60%», a-t-il ajouté, propos qu’il a déjà tenus en d’autres circonstances.