Le journaliste Saïd Chitour a été condamné, hier, par le Tribunal criminel de Dar El Beïda, à Alger, à 16 mois de prison ferme et une année avec sursis. Il a été toutefois remis en liberté le même jour, vu la période de 500 jours qu’il a passés en détention préventive, soit plus que la durée de la peine de prison ferme dont il a écopé. Dans son réquisitoire, le procureur avait requis une peine de 5 années de prison ferme contre l’accusé.

Correspondant de la chaîne TV britannique BBC, Saïd Chitour est accusé d’«intelligence avec une puissance étrangère». Le magistrat ayant jugé le journaliste, Mansouri Abdelhakim Manosuri, a appliqué l’article 67 du Code pénal qui «punit toute personne ayant rassemblé des renseignement, objets ou documents qui doivent être tenus secrets pour l’intérêt de la défense nationale, même si cela est fait sans intention de trahison ou d’espionnage».
Avant la tenue du procès, les chefs d’inculpation retenus contre Chitour étaient beaucoup plus lourds et passibles de prison à perpétuité, sachant que la justice avait inculpé le journaliste en faisant valoir l’article 65 du Code pénal qui prévoit cette peine d’emprisonnement maximale pour toute personne reconnue coupable «d’assemblage de renseignements, de documents, d’objets ou de procédés et leur exploitation pour nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale, avec une intention de trahison et d’espionnage en les livrant à une puissance étrangère». Or, le chef d’inculpation «nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale» n’a pas été retenu dans le dossier présenté hier par le Tribunal criminel de Dar El Beïda. Saïd Chitour était accusé d’«intelligence» avec certaines ambassades, comme celles d’Afrique du Sud, de Corée du Nord ainsi que de Corée du Sud. Concernent cette dernière, il dira, lors de son procès, que son objectif était seulement d’aider ce corps diplomatique à «fortifier les relations politiques de son pays avec l’Algérie en lui fournissant des informations concernant le climat d’investissement». Il ajoutera qu’il a également traduit des articles de presse vers l’anglais au profit d’un diplomate de l’ambassade d’Afrique du Sud en Algérie, et que ce diplomate n’était plus en mission dans notre pays. «Je suis un journaliste qui aime et qui défend son pays», a lancé Saïd Chitour, faisant remarquer que toutes les informations pour lesquelles il était accusé sont «abordables et n’ont pas de secret». «Les services de Sécurité étaient au courant de ce que je faisais», ajoutera-t-il. De leur côté, les avocats de la défense, parmi eux des doyens de la barre, comme Mustapha Bouchachi, ont opté pour une stratégie qui consiste à convaincre le tribunal et le jury que les informations que Chitour détenait n’étaient pas classées «secrets défense» tout en insistant sur ses «bonnes intentions». Dans la même logique de réplique aux accusations contre le correspondant de BBC, Maître Miloud Brahimi notera que dans ce procès, «il n’y a même pas de témoins ni de partie civile alors que l’affaire est censée être très lourde». «On n’a vu personne dire que ces informations ont affecté la lutte contre le terrorisme ou ont décimé la position de Sonatrach au sein de la Bourse de New York», ironisera pour sa part Maître Bouchachi, non sans préciser que «l’article 65 du Code pénal n’est pas applicable».
A noter que les avocats de Saïd Chitour ont fait appel auprès de la Cour d’Alger.