Perturbations, hier, dans les livraisons de gaz algérien pour l’Espagne. En effet, un incident s’est produit en fin de matinée au niveau du Medgaz, du côté espagnol, provoquant «une rupture momentanée de l’approvisionnement en gaz de l’Espagne», a annoncé Sonatrach dans un communiqué.

«Les équipes techniques espagnoles sont à pied œuvre pour effectuer les réparations nécessaires et rétablir l’approvisionnement de l’Espagne en gaz dans les plus brefs délais», précise la même source.
Le débit a cependant repris peu de temps après l’incident, a rapporté El Pais, citant des sources d’Enagas, gestionnaire du système gazier espagnol.
«Le problème a été résolu et les flux sont en cours de récupération pour les maintenir stables. Du côté espagnol, il n’y a eu aucun effet sur la sécurité d’approvisionnement», a-t-on souligné.
Cette nouvelle a sans doute été très mal accueillie en Espagne dont la consommation en gaz naturel dépend grandement des importations effectuées par ce pays chez l’Algérie. Celles-ci passent exclusivement par le Medgaz depuis la fermeture, l’automne dernier, du gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui traverse le territoire marocain.
Entré en service en 2011, le gazoduc sous-marin Medgaz est aujourd’hui géré en partenariat par Sonatrach (51%) et son l’Espagnol Naturgy (49%). Il relie les installations algériennes de Béni Saf jusqu’au port d’Almería en Espagne en passant sous la mer Méditerranée, et permet d’acheminer un volume annuel de 8 milliards m3, extensibles à 16 milliards m3 sur le moyen terme.
Une première extension devait d’ailleurs avoir lieu après la fermeture du GME, mais cette opération n’a pu se réaliser après le revirement du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, dans la question sahraouie, et la crise provoquée entre les deux pays par le rangement de M. Sanchez aux côtés du Maroc.
Une crise qui a vu les avantages dont bénéficiait l’Espagne en sa qualité de gros client de gaz auprès de l’Algérie se perdre, cédant le terrain à de fortes préoccupations chez les autorités espagnoles face au risque d’une rupture d’approvisionnement.
La situation n’a finalement pas évolué dans ce sens, et en dépit des mesures diplomatiques et économiques qu’elle a prises à l’encontre du gouvernement espagnol, Algérie n’a pas failli à ses engagements contenus dans son contrat énergétique avec Madrid. «L’Algérie ne renoncera pas à son engagement d’approvisionner l’Espagne en gaz, quelles que soient les circonstances», avait déclaré Abdelamadjid Tebboune, avant que ses assurances ne soient réitérées par les autorités algériennes après la décision algérienne de suspendre le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne, semant la panique au sein des responsables du gouvernement de ce pays.
Entre-temps, les négociations entre Sonatrach et Naturgy ont emprunté la voie des prix, à travers la renégociation du contrat pour la période de janvier 2022 à décembre 2024.
Par ailleurs, les livraisons de gaz algériens pour l’Espagne ont connu une baisse ces derniers mois. En juin, elles ont été réduites à 21,6% des importations espagnoles, selon les chiffres d’Enagas.
Du coup, le premier fournisseur de pays qu’était l’Algérie s’est retrouvé en troisième position sur ce registre, cédant la première place aux Etats-Unis avec 29,6% de parts, alors que la Russie s’est hissée à la seconde place, avec 24,4% du gaz importé par l’Espagne, a souligné Enagas.
Si la baisse des exportations de gaz algérien vers l’Espagne sont une source d’inquiétudes dans ce pays, la hausse des ventes russes y provoquent le même sentiment, sachant que cette évolution se produit, alors que les pays de l’Union européenne sont en quête d’alternatives aux énergies produites en Russie.
Il y a quelques jours, le gouvernement espagnol a de nouveau appelé les groupes énergétiques du pays à «réduire au maximum» leurs importations de gaz russe. «Il serait bon» que les entreprises commercialisant du gaz «cherchent à réduire au maximum» leurs importations de Russie, a déclaré la ministre espagnole de la Transition écologique Teresa Ribera à l’issue du conseil des ministres.
Une réduction qui ne pourrait assurément être opérée sans garantie d’approvisionnement maximum en provenance de l’Algérie via le Medgaz.