Avec 305 cas positifs à la Covid-19, l’Algérie enregistre un nouveau record quotidien après celui de la veille qui s’élevait à 283 et 240 vendredi. «C’est le pic de la pandémie», s’exclament certains «spécialistes», alors que d’autres parlent d’une deuxième vague.

Un pic qui fait suite à une courbe des plus plates depuis quelques semaines, une incohérence scientifique et… mathématique. «Le pic est derrière nous», nous dira un virologue, qui préfère garder l’anonymat pour ne pas se justifier auprès des «confrères» autoproclamés infectiologues, épidémiologistes et… virologues. Quand survient la platitude de la courbe, le pic est derrière, ce qui est le cas en Algérie. Ce n’est pas une deuxième vague. Pour qu’il y ait une deuxième, il faut que la première soit achevée. Ce qui n’est pas le cas. Il y a un seul pays qui peut parler de deuxième vague, c’est la Chine. Plus aucune contamination signalée pendant des jours, puis on constate des contaminés dans d’autres régions, c’est ça une deuxième vague. Partout ailleurs dans le monde, ce sont des rebonds de cas avérés. Des rebonds qui font suite à trois facteurs : le déconfinement, «l’oubli» des gestes barrières et la hausse du nombre de tests de dépistage. Tout cela conduit à une élévation du nombre de découvertes de nouveaux cas positifs», a-t-il indiqué. Un constat qui tient la route, si l’on peut s’exprimer ainsi, mais qui n’explique pas le décalage dans le calendrier des confinements et des déconfinements dans divers pays.
L’Algérie a enregistré son premier cas confirmé le 1er mars 2020 à Blida. Depuis, quelque 13 000 cas ont été recensés à travers les 48 wilayas. L’Algérie avait pris des décisions de confinement dès la première semaine du mois de mars, à des degrés divers. Puis, le déconfinement a commencé progressivement à la fin du mois de mai pour se généraliser à presque tous les corps de métiers juste à la mi-juin. Et à partir de là, les chiffres se sont emballés. Sétif, jusque-là bon élève face à la pandémie, a décidé de remonter dans le classement de la «compétition» interwilaya pour occuper la troisième place avec plus de 1 000 cas. On peut dire la même chose de Ouargla qui s’illustre aussi dans ce challenge morbide.

Vers le confinement des localités à forte contamination
Tous ces chiffres, et surtout les dates, sont en contradiction totale avec ceux des pays européens que l’on prend, à tort, comme exemple, car la pandémie y a fait son apparition aux mois de janvier et février, et le déconfinement opéré à la mi-juin, comme en Algérie. Donc, si nous calculons bien, l’Europe se confine pendant 4 à 5 mois, puis se déconfine, et l’Algérie s’ouvre aux bienfaits de la «liberté» après seulement 3,5 mois. Il y a maldonne quelque part apparemment.
Le Pr Abderrahmane Benbouzid, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, de son côté, et même s’il est conscient de la gravité de la situation, n’en est pas trop inquiet. Dans une intervention à plusieurs médias, il affirme qu’il est «certain que dans les localités où les foyers de contagion persistent, les cas positifs seront isolés et traités, des enquêtes épidémiologiques seront lancées et, probablement, le confinement des localités à forte contamination n’est pas à écarter. On ne peut pas revenir au confinement total de toutes les wilayas, mais plutôt des localités». Des propos censés qui tendent à «punir» les mauvais élèves et à donner des bons points aux autres. C’est vrai que dans certains métiers, la précarité est devenue plus qu’évidente après plus de trois mois d’inactivité et la reprise est plus que nécessaire et vitale.
Le personnel de santé, au bord de l’épuisement et du burn out, n’en finit pas d’adresser des suppliques aux noceurs, aux «amateurs» des enterrements, et des adeptes des queues interminables pour le lait, la pension ou… le marché à bestiaux. D’ailleurs, les premières études du comité chargé de relever les conséquences du déconfinement, donnent une prédominance de contamination intra famille, suite à des évènements heureux ou malheureux. Les cortèges qui foisonnent depuis la mi-juin en sont le parfait révélateur.
Le Dr Kamel Ben Salah, du CHU de Constantine, aux abois, parle, sur sa publication sur un réseau social, de son quotidien qui est pratiquement le même dans toutes les structures de santé du pays : «Actuellement en isolement (positif symptomatique à la Covid-19), je viens vous faire part de mon humble témoignage sur la situation catastrophique que vit notre hôpital (CHU de Constantine : ndlr) et par la même occasion la situation du personnel soignant tous corps confondus. Cette crise sanitaire a mis en exergue une gestion catastrophique de la part des autorités locales au niveau du service d’hématologie, où tous les médecins, paramédicaux et, encore plus grave, les patients hospitalisés au sein du service, ont été contaminés par le coronavirus et cela face à l’indifférence des responsables du secteur. L’heure est grave et nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard !»

«Restez chez vous»
«Respectez les mesures de protection et restez chez vous», lance, dans un cri de détresse, un médecin exerçant au niveau du service cardiovasculaire, toujours au CHU de Constantine. «Les consultations sont de plus en plus chargées. Alors que le nombre de malades qu’on enregistrait par jour au début de la pandémie n’a pas dépassé les 15 malades, il a triplé ces derniers jours. On n’a ni les moyens matériels ni humains pour la prise en charge de ce nombre de malades. On craint le pire pour les jours à venir», suppliera-t-il.
Des témoignages des CHU de Mustapha-Pacha, Sétif, Ghardaïa, et bien d’autres, mettent aussi en évidence la détresse des personnels de santé, des malades, devant l’indifférence de citoyens sans aucune conscience ni considération pour des personnes qui mettent chaque jour leurs vies en danger pour sauver la leur.
Le ministre de la Santé, qui ne doit pas ignorer pareille situation, se contentera de dire que «le personnel de la santé, dont les équipes médicales et le personnel de laboratoire qui sont en première ligne, s’essouffle et des situations d’épuisement sont enregistrées». Une vérité bonne à entendre, à enregistrer, mais qui demande une matérialisation d’une aide humaine et matériel au plus vite. Pour l’exemple, au CHU de Constantine, il y a un personnel de 190 agents versés au «service» Covid-19 entre médecins paramédicaux et autres. «Plus de 100 sont actuellement atteints du nouveau coronavirus», lit-on sur une publication d’un autre médecin.

Après la sensibilisation, n’est-il pas temps de passer à la répression ?
Et le mot n’est pas trop fort. A cet effet, l’article 290 bis du code pénal stipule qu’«est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 60 000 DA à 200 000 DA, quiconque, par la violation délibérée et manifeste d’une obligation de prudence ou de sécurité édictée par la loi ou le règlement, expose directement la vie d’autrui ou son intégrité physique à un danger». Il stipule également que «la peine est l’emprisonnement de trois ans à cinq ans et l’amende est de 300 000 DA à 500 000 DA, si les faits suscités sont commis durant les périodes de confinement sanitaire ou d’une catastrophe naturelle, biologique ou technologique ou de toute autre calamité».

Le respect de la loi s’impose
Le retour à un confinement généralisé à l’ensemble du territoire national ne fait plus partie des solutions envisagées par le Comité scientifique de suivi de la Covid-19, car la situation économique en souffrirait, sans compter que les statistiques ne sont pas identiques dans toutes les wilayas. Samedi, le directeur de la prévention garantissait que le taux d’occupation des lits au niveau des structures hospitalières a atteint 65%, ceux dédiés à la réanimation atteignant un taux de 35,5%. Et encore une fois, la situation varie d’une wilaya à l’autre, car les places de réa, croit-on savoir, sont bondés à Ouargla, Alger, Blida, Sétif et Constantine pour ne citer que les wilayas où l’information réussit à se faire un passage parmi les obstacles dressés par les DSP. Le confinement partiel pourrait donc concerner dix wilayas, le Top 10. Il s’agit de Sétif, Boumerdès, Alger, Blida, Ouargla, Béchar, Oran, Annaba, Batna et Tiaret qui risquent de voir les clauses de confinement à nouveau renforcées. Il n’est pas écarté que les horaires du couvre-feu soient aussi révisés. Il s’agit là d’une recommandation du Comité scientifique qui estime que les wilayas qui n’enregistrent presque pas de cas ne doivent pas être pénalisées, ce qui est normal.
Même son de cloche chez le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, président de l’Ordre national des médecins, qui multiplie les interventions aussi bien sur les plateaux télé que les colonnes des journaux, incrédule quant à l’inconscience de la population face à la pandémie.
«Cela fait des semaines que nous parlons des mesures barrières, du port du masque qui est une obligation légale, le lavage des mains, la distanciation sociale… Mais rien n’y fait. Il faut, à travers les images de gravité montrées sur les chaînes télé, que nos concitoyens prennent conscience du danger, que ça n’arrive pas qu’aux autres, et surtout que le personnel de santé qui a tenu le coup jusqu’à présent est au bord du burn out».<