Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a signé des décrets présidentiels portant attribution de médailles du mérite national au rang de « Achir » au cheikh du malouf Kaddour Darsouni, disparu le 20 avril 2020, ainsi qu’au comédien Athmane Ariouet, né en 1948.

Le comédien Athmane Ariouet, qui n’est plus à présenter, a vu le jour à M’doukal, dans la wilaya de Batna. Il a fait d’abord le Conservatoire d’Alger de 1969 à 1972, bien que sa carrière de comédien a démarré bien avant. Il avait déjà tourné dans « Le Résultat », en 1963, « L’Avare » de Molière, en 1967, et « Par vous et pour vous » et « Le Sorcier » en 1969.
Contrairement à la majorité des acteurs algériens qui ont été à l’école de l’empirisme, Ariouet est détenteur d’un magister en littérature française. Il citera facilement Flaubert et Maupassant quand d’autres disserteront de Houari Dauphin et Cheba japonia. C’est sans doute pour cela qu’il a eu le grand mérite de décrocher, et à l’unanimité, le premier prix de diction en langue française. Il a été directement stimulé par le professeur français Henri Vangret, qui était l’élève du grand Gérard Philipe, un acteur français majeur dès les années 1940, et qui tous deux, étaient élèves à Paris, de Maurice Chevalier. Il a par la suite étudié le théâtre version arabe chez Mustapha Kasdarli, Taha Laâmiri et Allal Mouhib.
Pour le grand public, Athmane Ariouet est connu surtout pour ses rôles comiques dans des films comme « Famille comme les autres » (1992), « Le Taxi clandestin » (1989) ou encore « Carnaval fi dechra » (1994). Mais son rôle majeur, il le doit à son époustouflante prestation dans le film « L’épopée de Cheikh Bouâmama » (1983) où il tiendra le rôle éponyme. Il s’illustrera aussi dans d’autres personnages dramatiques, « Les Déracinés » de Lamine Merbah, et « Beni Hendel », 1976, « El Arch » de Mohamed Chouikh, 2002, et bien d’autres. Depuis une dizaine d’années en butte à des problèmes de santé et financiers, Ariouet s’est fait très discret. La distinction du président de la République aura peut-être le mérite de remettre sur selle notre Ariouet national. Le Président Tebboune a également attribué à titre posthume la médaille de l’Ordre du mérite national au rang de « Achir » au cheikh du malouf Kaddour Darsouni. Ses premiers pas dans la musique, il commencera à les faire dès 1933, à l’âge de sept ans, au sein de l’association mythique de Mouhibi El Fen, qui ne fera pas que de la musique, mais aussi de la politique dans les coulisses. L’association est dissoute et transformée par Echabab El Fenni en 1937.
En 1943, Cheikh Khodja Bendjelloul fut un tournant dans sa carrière pas encore entamée et commencera son immixtion dans les techniques et l’éducation du répertoire malouf. Un second tournant sera éloquent en lui ouvrant toutes grandes les portes de la connaissance musicale du malouf et la reconnaissance de ses pairs en rejoignant un orchestre où officiait déjà deux autres jeunes nantis de la musique constantinoise, le futur cheikh du malouf et du z’djel, Maamar Berrachi et Zouaoui Fergani, frère de l’icône Mohamed Tahar. Sa carrière professionnelle est désormais lancée, et il sera souvent luthiste de Raymond Leyris, dit Raymond. En 1967, c’est le début des récompenses de son talent et de sa science, avec la médaille d’or au Deuxième festival de la musique arabo-andalouse, un prix remis par le président Boumediène lui-même. Puis, au Conservatoire municipal comme enseignant, il fait alors partie avec « Si Hassouna », Ali Khoudja, Abdelkader Toumi et Mammar Benrachi de la commission qui représentait l’Ecole de Constantine et qui avait comme objectif principal l’écriture des textes. Un travail qui a été consacré par la publication de trois ouvrages El Mouwachahat wa Ezdjal.
Juste récompense donc pour deux artistes majeurs de la scène artistique algérienne qui a trop tendance à oublier les siens. Un geste présidentiel qui pourrait se répéter, car plusieurs artistes disparus attendent encore des reconnaissances, même à titre posthume. Rachid Zighmi, Abdelhamid Habbati, Zineddine Benabdellah, cheikh des aïssaoua, et l’îcone du châabi, l’immense El Hachemi Guerouabi pour ne citer que ceux-là, méritent que l’on s’arrête de temps à autre sur les jalons de leurs carrières. n