L’essentiel des échanges commerciaux de l’Algérie (import-export), durant les sept premiers mois de l’année 2019, s’est effectué avec l’Europe, soit près de 57% de la valeur globale des échanges. C’est ce qu’a révélé, hier, une note statistique diffusée par la direction générale des Douanes (DGD). De janvier à juillet, les échanges entre l’Algérie et les pays européens ont atteint près de 27,12 milliards de dollars. Les pays d’Europe demeurent ainsi les principaux partenaires de l’Algérie, sachant que plus de 61% des exportations algériennes et plus de 53% de ses importations se font avec cette région du monde, dont les pays de l’Union européenne (UE). L’Europe constitue le principal débouché aux hydrocarbures algériens. L’Algérie en a exporté pour 13,23 milliards de dollars durant les sept premiers mois de l’année. Cependant, les perspectives économiques pour l’Europe n’ont jamais été aussi sombres avec, au tableau, un net ralentissement économique, qui pourrait se solder dans les mois à venir par une baisse sensible de la demande européenne en hydrocarbures, dont le pétrole et le gaz algériens. L’économie européenne va de plus en plus mal, c’est une certitude. Elle souffre essentiellement de la perspective d’un Brexit dur et d’un conflit commercial qui vient de se déclarer avec les Etats-Unis, qui menacent d’imposer des taxes à nombre de produits et entreprises européens. Dans cette équation, l’Algérie risque d’être doublement affectée. Au fur et à mesure que la tension monte entre l’Europe et le Royaume-Uni, l’euro et la livre sterling continuent de chuter par rapport au dollar, alors que le risque d’un Brexit désordonné réapparaît et que les données sur le court terme continuent de montrer un ralentissement sans fin. Le dollar n’a jamais été aussi solide face aux monnaies européenne et britannique. Il est vrai que la baisse de la valeur de l’euro rend les importations algériennes depuis la zone euro moins onéreuses, mais la montée en puissance du dollar fait chuter les cours du pétrole sur le marché mondial. Le Brent a clôturé la semaine dernière à moins de 60 dollars le baril. Vendredi en fin de séance, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a terminé à 58,37 dollars. A New York, le baril américain de WTI pour livraison en novembre a terminé la semaine à 52,81 dollars. Sur la semaine, le Brent a perdu 4,4% et le WTI 5,5%. L’équation est simple : avec la hausse du dollar par rapport à l’euro, l’Algérie pourrait gagner au change tant il est vrai que l’Europe est son premier fournisseur, mais ce que le pays gagnerait dans ses échanges il le perdrait sur le marché pétrolier sous l’effet d’un dollar robuste. De tradition, lorsque la valeur du billet vert est en hausse, les transactions sur le marché pétrolier deviennent plus onéreuses et font fuir les investisseurs. La livre sterling a chuté vendredi, alors que l’euro continuait à souffrir de la faiblesse des enquêtes sur la confiance des entreprises menées auprès de l’Italie et de l’Espagne, tandis que la déception suscitée par le manque de mesures de relance budgétaire en Allemagne éclipsait les baisses de taxes de la France dans son budget 2020. La monnaie de l’UE a atteint un nouveau plus bas niveau en deux ans face au dollar, à 1,0905. C’est dire que l’économie du premier partenaire commercial de l’Algérie va de plus en plus mal, ce qui pourrait accréditer l’idée d’une baisse sensible de la demande d’hydrocarbures due au ralentissement de l’économie européenne. Une baisse de la demande européenne affectera sans doute l’Algérie avec, comme conséquence, le repli des volumes d’hydrocarbures exportés. Plus globalement, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a prévenu, pour la troisième fois en l’espace de quelques jours, que les prévisions de la demande en or noir pour cette année et l’année prochaine pourraient être revues à la baisse. Dans ces conditions, il faut exclure un rebond des cours du brut, à moins d’un bouleversement géostratégique et d’une recrudescence des tensions au Moyen-Orient.<