La guerre commerciale et diplomatique imposée par Donald Trump contre la Turquie pourrait bien être plus pernicieuse que le coup d’Etat qui a visé le président Erdogan l’été 2016.

Le bras de fer entre les deux alliés désormais au bord de la rupture avait réellement commencé après ce putsch raté qu’Ankara avait imputé au prédicateur Gülen réfugié en Virginie et que Washington avait refusé d’extrader. Jamais probablement deux membres de l’Otan n’ont été autant au bord de la rupture comme le laisse transparaître le bras de fer en cours sur fond de querelles commerciales et économiques, entre les Etats-Unis et la Turquie.

Membre de l’Otan depuis 1952, la Turquie aura été un allié particulièrement sûr. Les Etats-Unis avaient pendant longtemps soutenu l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne malgré d’autres Etats membres viscéralement réfractaires à cette éventualité. Cette tension exacerbée entre Erdogan et Trump pourrait bien constituer un début de fragilisation d’un axe considéré comme le plus puissant économiquement et militairement du monde. La Turquie pourrait être amenée à basculer en partie ou complètement vers d’autres camps plus que jamais insurgés par la posture actuelle de Washington incarnée par un président plus que jamais arrogant et dominateur. L’on a du mal à imaginer les « amis » d’Erdogan, notamment ceux des pays du Golfe, particulièrement le Qatar, doté d’une force financière considérable, aller à sa rescousse en renflouant ses caisses et aider la Lire, contredisant de fait les directives de Trump. La Russie de Vladimir Poutine ou la Chine n’en demanderaient pas autant. Un membre de l’Otan qui ferait défection serait l’une des plus grandes victoires contre le camp de l’Ouest. Il est patent que cette virulence américaine contre la Turquie constituera sans nulle doute une leçon à ceux qui ont fait et font toujours le pari de l’Amérique comme alliée et amie. Jamais probablement un allié n’avait donné autant aux Etats-Unis comme l’a fait la Turquie durant plus d’un demi-siècle. Pour être récompensée par ce coup de poignard empoisonné.