Ali Benflis ne veut pas endosser la responsabilité de l’échec de son parti, lors des élections locales du 23 novembre.

Le président de Talaie El Hourriyet qui a présidé hier la réunion mensuelle de son Bureau politique (BP), a soigneusement mis en avant « l’accueil » qui lui a été réservé lors de ses déplacements à travers les wilayas à l’occasion de la campagne, renvoyant l’évaluation profonde des résultats à son Secrétariat national. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, l’ancien chef du gouvernement semble privilégier sa propre image à celle de son parti. Et pour cause, le BP, qui a fait une analyse du déroulement des élections, a relevé «la qualité de l’accueil réservé au président du parti lors de ses déplacements à travers le pays, durant la campagne électorale, et l’importance de l’affluence aux meetings qu’il a animés », avant d’indiquer, dans un communiqué sanctionnant sa réunion, avoir « chargé le Secrétariat national de préparer une évaluation plus approfondie de la participation » aux élections locales. Le détail peut paraître banal, mais il est d’une importance capitale. Benflis aurait-il cherché à se démarquer de la débâcle de son parti qui n’a eu que 5 communes sur les 1541 à pourvoir? Tout porte à croire qu’il y a bien une intention de séparer les deux. Sinon, pourquoi insister sur ce que l’on présente comme « accueil de qualité » réservé au président, et on renvoie l’évaluation approfondie de la participation en général au SN ? Pour preuve, le BP a, au début de sa réunion, débattu du déroulement du scrutin, relevant qu’il est « semblable aux précédents ». « Organisées et conduites par un appareil politico-administratif aux ordres, bien rôdé dans la mission du maintien du statu quo, les élections locales ont permis au pouvoir en place de consolider son emprise sur les institutions du pays en détournant la volonté populaire et de dessiner le paysage politique qui lui convient en vue des prochaines échéances électorales », peut-on lire dans le communiqué du Bureau politique de Talaie El Hourriyet. Ce dernier s’est attardé sur le taux élevé d’abstention, dont les causes, explique-t-il, « sont à rechercher dans la fraude et le sentiment de l’inutilité du vote, dans l’absence de confiance et la défiance envers le pouvoir en place qui a perdu tout crédit auprès de la grande majorité des Algériens ». Pour le parti, les dernières élections « n’ont été ni régulières, ni sereines ». « Elles ont été entachées de fraude, d’irrégularités, de dépassements et de dérapages, de faits avérés de bourrage d’urnes et de falsifications de procès-verbaux », dénonce-t-on dans le document.

LF 2018, libertés syndicales et harga…

Par ailleurs, Talaie El Hourriyet a analysé la loi de finances 2018, adoptée au niveau de la chambre basse du Parlement. Un texte qui «consacre l’abandon du « Nouveau modèle de croissance » sans explication et sans aucune évaluation préalable », fustige-t-il, non sans exprimer ses préoccupations quant au recours au financement non conventionnel «sans limite et sans contrôle crédible ». Une démarche « susceptible d’affecter négativement et gravement les perspectives de croissance de l’économie algérienne au cours des prochaines années », avertit le parti. Sur les libertés syndicales, le BP a exprimé ses inquiétudes quant aux violations commises, dénonçant au passage « la répression » du rassemblement de l’Intersyndicale prévu le 25 novembre dernier à Alger. « La répression des activités des syndicats autonomes est un déni flagrant du principe constitutionnel du pluralisme syndical », s’emporte le parti qui exprime par l’occasion sa « solidarité » et son « soutien » à la lutte pacifique des syndicats autonomes.
En outre, Talaie El Hourriyet a critiqué « le rétrécissement du champ des droits et libertés dans notre pays, notamment le recul de la liberté de la presse et du droit à l’information ».
Il parle de « harcèlement financier et judiciaire, pressions intolérables, intimidation, chantage quant à la distribution de la publicité… ». Devant la recrudescence, enfin, du phénomène de la « harga », Talaie El Hourriyet a exprimé son « étonnement »
qu’une telle situation « n’ait pas interpellé, outre mesure, les autorités et qu’aucune initiative d’envergure n’ait été prise pour juguler cet exode ».