Les contraintes des producteurs américains de gaz de schiste, les tensions géopolitiques dans certains pays producteurs et les menaces qui pèsent sur l’accord nucléaire avec l’Iran de la part les Etats-Unis pourraient orienter les prix du baril à la hausse.

Ce sont là les dernières prévisions de la Banque mondiale sur les prix des matières premières en 2018 au niveau mondial, tablant sur une hausse plus prononcée que prévu du pétrole, actuellement autour de 75 dollars pour le seul Brent. L’édition d’avril du «Commodity Markets Outlook» de la Banque mondiale estime que les prix des produits énergétiques (pétrole, gaz naturel et charbon) s’envoleront de 20% en 2018, soit une révision à la hausse de 16 points de pourcentage par rapport à octobre. Même si une baisse des cours est attendue par rapport aux niveaux d’avril 2018, le maintien des accords de diminution des volumes de production par les pays de l’Opep et les autres pays producteurs et la solidité de la demande soutiendront les prix.  Inversement, en cas de délitement de l’accord entre pays exportateurs de pétrole ou de fin pure et simple de cet accord, mais aussi de reprise de la production en Libye et au Nigeria et de montée en puissance plus rapide que prévu de la production d’huile de schiste, ces prévisions pourraient être inférieures aux annonces, a néanmoins prévenu l’institution. Le rapport consacre un dossier spécial à la situation des pays exportateurs de pétrole depuis l’effondrement des cours en 2014. Ce tassement des prix a altéré les recettes pétrolières, obligeant les gouvernements à tailler dans leurs dépenses, ce qui a aggravé le ralentissement de l’activité du secteur privé dans bon nombre de régions. Les inégalités de revenus et l’instabilité politique ont également érodé les capacités de certains pays exportateurs à gérer leur économie avec des prix aussi bas. «Les pays exportateurs de pétrole ayant des régimes de change flexibles, des amortisseurs budgétaires relativement importants et des économies plus diversifiées s’en sont mieux sortis que les autres depuis l’effondrement des cours», souligne le directeur du Groupe d’étude des perspectives de développement de la Banque mondiale, Ayhan Kose.
Parmi les autres matières premières, les métaux, dont l’indice devrait se redresser, la chute de 9% du prix du minerai de fer compensant la hausse des autres métaux de base, tirée par le bond attendu de 30% des cours du nickel. Les matières premières agricoles (produits alimentaires et non alimentaires) devraient se redresser de plus de 2% en 2018, avec l’amenuisement des perspectives d’ensemencement. Les perturbations liées aux conditions météorologiques devraient être minimes, ajoute la même source. «L’accélération de la croissance mondiale et la hausse de la demande jouent un rôle important dans cette augmentation générale des prix de la plupart des matières premières, sachant que cette tendance devrait se prolonger», a expliqué le directeur principal de la Banque mondiale pour l’économie du développement et économiste en chef par intérim, Shantayanan Devarajan.
Les prévisions relatives au prix des métaux pourraient être revues à la hausse si la demande mondiale se révèle plus soutenue qu’anticipée, a ajouté la même source. L’offre pourrait être contrainte par la lente intégration des nouvelles capacités, les sanctions commerciales contre les exportateurs et la politique menée par la Chine.
Une révision à la baisse pourrait survenir en cas de croissance moins solide qu’attendu sur les principaux marchés émergents, la remise en service de capacités inutilisées et l’assouplissement de la politique environnementale de la Chine, est-il noté. Du côté des métaux précieux, le rapport table sur un rebond de 3% cette année, étant donné le relèvement attendu des taux d’intérêt aux Etats-Unis et des scénarios plus inflationnistes. Les prix des céréales, huiles et tourteaux devraient se redresser en 2018, sous l’effet d’anticipations d’ensemencement moins fortes qu’attendu. L’introduction possible par la Chine de droits compensatoires en réponse au relèvement des tarifs douaniers par les Etats-Unis pourrait pénaliser le marché du soja. <