C’est hier qu’ont commencé les choses sérieuses sur terre battue. A Monte-Carlo, nombreux sont ceux qui débuteront leur saison sur ocre. Pour le maître des lieux Rafael Nadal ou le numéro un mondial Novak Djokovic, le Masters sur le Rocher sera même une reprise, tout court. De quoi donner des idées aux nombreux prétendants dans ce début de saison grand ouvert. Terre battue – Rafael Nadal, fin de l’équation ? Le résultat est souvent implacable, tant l’Espagnol a fait de tout ocre sur le territoire français son jardin. Onze fois vainqueur à Monte-Carlo, Nadal fait figure comme toujours d’épouvantail de cette édition 2021, pour le «vrai» top départ de la saison terrienne. Tout ne va pas pourtant pas dans le sens du Majorquin pour cette édition 2021. Après un an d’absence, coronavirus oblige, le Masters 1000 monégasque va marquer le retour aux affaires du numéro 3 mondial, absent des courts depuis son élimination en quart de finale de l’Open d’Australie. Novak Djokovic y effectuera également sa reprise après son sacre austral, et sa déchirure aux abdominaux qui avait tant fait parler. Leur retour aux affaires n’est pas dénué d’inconnues, loin de là. Il en faut plus pour déstabiliser les deux monstres, encore plus pour décrédibiliser leurs candidatures au trône princier. Mais il ouvre le champ des possibles des intrigues de ce Monte-Carlo 2021. Le tournoi n’en a historiquement jamais manqué, faisant régulièrement la part belle aux surprises. Le dernier à avoir soulevé le trophée n’est d’ailleurs pas un membre du Big 3, mais bien Fabio Fognini, vainqueur en finale de Dusan Lajovic en 2019. En Principauté, à l’impossible, nul n’est tenu. Cela tombe bien, ce n’est pas non plus le cas sur le circuit ATP dernièrement.

LES FORCES EN PRESENCE
La présence de Nadal et Djokovic, vainqueurs de 13 des 15 dernières éditions, donne une allure un peu plus prestigieuse que celle affichée par le Masters 1000 de Miami. Même si des grands noms comme Dominic Thiem ou Roger Federer manquent à l’appel, le tableau reste truffé de grands noms. Mais dans un début de saison où les petits se sont régulièrement fait un malin plaisir à renverser les grands, être tête de série n’offre pas beaucoup plus de garanties qu’une exemption de premier tour. Dans quelle forme va arriver Novak Djokovic pour son retour de blessure sur une surface très exigeante pour l’organisme ? Rafael Nadal va-t-il vite retrouver le rythme des matches, lui qui avait eu du mal à embrayer sa saison sur terre l’an passé ? Les premiers tours devraient vite donner des réponses. Sinner, finaliste à Miami (ou Ramos-Viñolas) au 2e tour puis Hurkacz, vainqueur du Masters 1000 floridien (ou Lajovic), en huitièmes de finale sont autant de pièges très sérieux pour le Djoker. Nadal n’est guère mieux loti avec Dimitrov au 3e tour puis un possible double affrontement russe avec Andrey Rublev en quart de finale puis Daniil Medvedev en demi-finale. Face à deux des plus solides joueurs ces derniers mois, le Majorquin n’aura pas le droit au retard à l’allumage. Surtout que la météo, entre averses par intermittence et des températures autour des 10°, ne devrait pas aider pour se mettre en route. Des prétendants avec plus de rythme comme Tsitsipas ou Zverev pourraient en profiter.

LE TABLEAU
Outre les parcours semés d’embuches des deux favoris Djokovic et Nadal, le tirage au sort s’est montré taquin ou plein de promesses, selon le point de vue. Pas certain que Stefanos Tsitsipas apprécie la perspective de récupérer le vainqueur de l’alléchant duel des surprises Musetti – Karatsev au 2e tour, avant de croiser le fer avec Auger-Ailiassime, Garin, voire Humbert dans la foulée. Ce dernier fait figure de meilleure chance mais pas de seul intérêt dans le clan tricolore.
On surveillera de près le premier match de Gaël Monfils (contre Pablo Andujar) depuis son élimination précoce en Australie et sa pause pour remettre sa tête et son jeu à l’endroit. Un constat également valable pour Benoît Paire qui tentera de se relancer après cinq défaites de rang, face à l’Australien Jordan Thompson.

TROIS STATS A RETENIR

  1. Comme le nombre de jours depuis les derniers échanges au Monte-Carlo Country Club. Le tournoi monégasque a fait partie des grands sacrifiés en plein cœur de la crise sanitaire. Il aura bien lieu en 2021, mais toujours sans spectateur. Tant pis pour le charme de ces courts remplis au bord de l’eau. 34. Un 12e sacre pour Rafael Nadal ferait de l’Espagnol le vainqueur le plus âgé de l’histoire du tournoi de Monte-Carlo. Il triompherait à 34 ans, 10 mois et 15 jours, et effacerait des tablettes l’Italien Nicola Pietrangeli, vainqueur en Principauté à 34 ans, 7 mois et 4 jours, pour la dernière édition avant l’ère Open, en 1968. 80,7. Derrière Novak Djokovic, le meilleur pourcentage de victoire sur le circuit sur les 52 dernières semaines est pour… Andrey Rublev. Le Russe a remporté 46 de ses 57 derniers matches disputés (neuf de plus que son plus proche poursuivant Daniil Medvedev) et est le seul à avoir décroché quatre titres sur la période. Medvedev, mais aussi Novak Djokovic et Alexander Zverev reviendraient à sa hauteur en cas de victoire finale sur le Rocher.

    LE JOUEUR A SUIVRE : DANIIL MEDVEDEV
    A la maison, Daniil Medvedev peut reprendre goût à la terre. Domicilié toute l’année à Monte-Carlo, le plus Français des Russes du tennis mondial s’y sent un peu plus à la maison qu’ailleurs sur ocre. Le N°2 mondial peut regarder n’importe qui dans les yeux sur dur, et la saison 2021 devrait lui permettre de passer un cap sur gazon. Mais sur terre, le Moscovite est victime d’un blocage terrible depuis… Monte-Carlo 2019. Cette année-là, le protégé de Gilles Cervara avait définitivement explosé, et s’était offert sa première référence sur la surface en sortant coup sur coup Stefanos Tsitsipas, mais surtout Novak Djokovic en quarts de finale. S’il avait finalement buté sur l’étonnant Dusan Lajovic en demi-finale, cette place dans le dernier carré laissait augurer une polyvalence rare sur le circuit. Elle n’est pour le moment restée qu’une affaire classée sans suite. Medvedev s’est incliné lors de ses cinq derniers matches sur terre. Hormis à Monte-Carlo, il n’a pas remporté le moindre match sur terre battue à Roland-Garros ou en Masters 1000. Son bilan en carrière, 10 victoires pour 18 défaites, n’est pas à la hauteur de son talent. Mais avec la confiance de son très bon début d’année, sa nouvelle stature sur le circuit et un peu plus de repères sur le Rocher, l’occasion est idéale pour reprendre goût à la terre battue. Reste à passer déjà le deuxième tour, tout sauf une sinécure contre le vainqueur de Basilashvili – Krajinovic, le Serbe qui avait notamment poussé Medvedev en cinq sets à l’Open d’Australie en début de saison.