Trente-deux ans sont passés depuis les événements d’Octobre 1988, une étape qui aura marqué les luttes démocratiques et ouvert la voie au pluralisme politique et à l’élan des libertés individuelles et collectives vite contrariés par la guerre civile des années 1990 et son lot de drames et de fractures.

Trente-deux ans après, l’âge d’une génération pour les démographes, et les évènements sont toujours diversement conçus entre ceux qui n’y voient qu’un «chahut de gamins» et ceux qui les nomment «une révolte du pain», alors que pour d’autres voix ces faits sont l’expression d’une «bataille de clans» à l’intérieur et autour du pouvoir.
Il y a deux années en arrière, en 2018, le zèle a poussé l’inénarrable Ahmed Ouyahia à faire endosser aux évènements d’octobre 88 la responsabilité de ce qui s’est passé plus tard. « Les évènements du 5 Octobre 1988, que certaines parties considèrent comme le début du processus démocratique en Algérie, ont poussé, en réalité, le pays vers l’anarchie, puis l’instabilité et, enfin, le terrorisme barbare », a-t-il déclaré sous la caquette du RND.
Trente-deux ans plus tard, Octobre 88 fait toujours débat avec, cependant, cette unanimité, à l’exception de quelques voix qui voient le diable partout, à le considérer comme le prolongement des luttes antérieures pour un Etat démocratique.
Une demande de démocratie et d’un Etat de droit qui ne cesse de se renouveler depuis l’Indépendance du pays en 1962 et qui a gagné en ampleur et en intensité en 2019, avec l’irruption du mouvement populaire pour le changement de système mettant fin à un règne personnel et chaotique de Bouteflika pendant vingt longues années avec le funeste projet de son prolongement pour un cinquième mandat.
C’est à l’évidence dans ce contexte, politiquement particulier, que les Algériens engagés pour un avenir meilleur commémorent le 32e anniversaire de ces évènements. Les militants attachés à l’esprit d’Octobre seront sans doute au rendez-vous avec cette date en organisant rassemblements et débats.
Le collectif pour la réhabilitation du 5 Octobre a appelé, dans ce sens, à un rassemblement aujourd’hui au niveau de la wilaya de Béjaïa pour exiger « le respect des libertés démocratiques et des droits humains, l’arrêt de la répression et du harcèlement judiciaire et la libération de tous les détenus d’opinion et politiques ». Le même collectif évoque à cet effet la commémoration du 5 Octobre 1988 comme une étape qui inscrit l’Algérie dans « la pluralité politique et syndicale sans pour autant apporter un changement de système ni une reconnaissance de ce tragique soulèvement populaire ».
Il reproche, par ailleurs, au pouvoir « le déni de justice envers les victimes de cette tragédie considérée à tort comme un accident de travail et tente à travers une répression féroce de faire taire toute voix discordante ». <