Le journaliste et patron de presse marocain Taoufik Bouachrine est emprisonné «sous une forme de régime d’isolement abusif» et subit un «traitement cruel et inhumain», a déclaré vendredi l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).
M. Bouachrine, directeur du quotidien indépendant Akhbar al-Yaoum, a été condamné en novembre 2018 à 12 ans de prison ferme pour des «agressions sexuelles» qu’il a toujours niées, dénonçant un «procès politique». Son procès en appel s’est ouvert mardi 9 avril 2019.
Depuis son arrestation en février 2018 à Casablanca, «les autorités ne permettent pas à Bouachrine de rencontrer d’autres prisonniers ou d’interagir avec les gardiens, un traitement cruel et inhumain au regard des règles des Nations unies», a souligné HRW dans son communiqué.
«Le régime d’isolement draconien imposé à Taoufik Bouachrine est injustifié et doit être levé», a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à HRW, citée dans le communiqué. M. Bouachrine a été jugé en grande partie à huis clos en première instance, après son arrestation spectaculaire dans les locaux de son journal à Casablanca.
L’affaire a passionné la presse marocaine du fait de la personnalité de l’accusé, connu pour son ton critique, et de la gravité des charges, «traite d’êtres humains», «abus de pouvoir à des fins sexuelles», «viol et tentative de viol» envers huit plaignantes.
En première instance, cet influent journaliste été reconnu coupable de tous les chefs d’accusation. Il a toujours nié toute relation non consentie avec les plaignantes. Dans un avis rendu en janvier 2019, le groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits humains des Nations unies avait appelé à sa libération immédiate, stigmatisant une détention «arbitraire» et un «harcèlement judiciaire» sous-tendu par une insuffisance des preuves et des témoignages à charge.
Le ministre de la Justice Mohamed Aujjar a avait de son côté reproché au groupe de travail de négliger «les accusations des plaignantes» et de «confisquer leurs droits».
M. Bouachrine est actuellement poursuivi dans deux autres affaires pour «diffamation» et «publication de fausses informations» liées à des articles publiés dans son journal début 2018.
Début février, Amnesty International avait aussi appelé les autorités marocaines à le libérer «immédiatement» en affirmant qu’il payait «au prix fort son droit d’exprimer pacifiquement des opinions critiques».