Plus de 40 enseignants marocains ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis pour avoir manifesté sans autorisation en faveur d’une réforme de leur statut professionnel, une crise qui paralyse l’enseignement public au Maroc depuis 2019, a indiqué vendredi leur avocate. Dans le même dossier, le tribunal de Rabat, qui a rendu ses verdicts jeudi, a infligé trois mois ferme à une professeure pour «outrage envers un corps constitué», a précisé à l’AFP Me Souad Brahma, qui a décidé de faire appel.
Cette professeure, Nezha Magdi, était poursuivie pour avoir accusé les forces de l’ordre de «harcèlement sexuel» lors de la dispersion d’une manifestation d’enseignants contractuels le 17 mars 2021 à Rabat. L’enseignante, comme ses 44 collègues, était inculpée pour «rassemblement non autorisé» et «violation de l’état d’urgence sanitaire», selon le secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE), Abderrazzak Drissi.
En outre, 25 autres personnes restent poursuivies pour les même motifs alors que la mobilisation des enseignants continue.
Le syndicaliste a appelé à «mettre fin au cycle d’arrestations et de procès afin de trouver une solution définitive à ce dossier». Depuis 2016, le Maroc embauche des dizaines de milliers d’enseignants sur la base de contrats à durée déterminée (CDD). Ces enseignants contractuels ont lancé en 2019 un mouvement de grève accompagné de manifestations parfois émaillées d’incidents. Ils ont obtenu d’être intégrés en CDI au sein des académies régionales de l’Education nationale.
Mais ils revendiquent le statut plus avantageux de fonctionnaire de l’administration centrale. Vendredi, ces enseignants ont reconduit la grève qu’ils observent depuis la fin février afin de dénoncer les «condamnations injustes et fabriquées» de leurs collègues. De son côté, la Fédération des associations de parents d’élèves a fustigé dans un communiqué «des grèves à répétition incompréhensibles». Interrogé, le ministère de l’Education nationale a fait part de «son engagement à trouver une solution mais par le dialogue et sans conditions préalables».
Une rencontre est prévue la semaine prochaine avec les syndicats pour discuter d’un nouveau statut unifié pour le corps enseignant afin de rendre la profession plus attractive. En crise, l’enseignement public au Maroc est devenu «une machine à reproduire les inégalités au sein de la société», s’est inquiété un rapport officiel publié fin 2021. n