L’ONG de défense des droits humains, Human Right Watch, a accusé hier lundi les autorités marocaines d’avoir mené une campagne de répression contre les manifestants de l’ancienne cité minière de Jerada, 40.000 habitants, dans le nord-est du royaume.

«En réponse à des manifestations dans la ville minière déshéritée de Jerada en mars 2018, les autorités marocaines ont mené une campagne de répression de plusieurs semaines», déclare l’ONG.
« Les forces de l’ordre ont fait un usage excessif de la force contre des manifestants, ont gravement blessé un garçon de 16 ans, percuté par une fourgonnette de police conduite de manière irresponsable, et ont arrêté des leaders du mouvement de protestation, qui auraient ensuite été maltraités en détention », ajoute la même source dans un communiqué faisant suite à une enquête.
« La répression à Jerada est allée bien plus loin qu’un simple effort visant à traduire en justice des manifestants prétendument violents », a précisé Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Il semble qu’elle visait plutôt à réprimer le droit de manifester pacifiquement contre la situation socio-économique de la région », a-t-elle affirmé. Le communiqué de l’ONG publié hier précise que les forces de l’ordre déployées dans la ville contre les manifestants qui réclamaient de meilleures conditions de vie ont « fait un usage excessif de la force contre des manifestants (…) et arrêté des leaders du mouvement de protestation, qui auraient ensuite été maltraités en détention ».
« Selon les règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, connues également sous le nom de « Règles Nelson Mandela », l’isolement cellulaire prolongé, défini comme l’isolement d’un détenu 22 heures par jour sans contact humain significatif (autre que les gardiens) durant une période de plus de 15 jours consécutifs, peut être considéré comme un traitement cruel, inhumain ou dégradant, et devrait être interdit, souligne Human Right Watch. Lors de leur procès, les leaders du mouvement de protestation « ont demandé au juge d’ordonner qu’il soit mis fin à leur isolement en prison, mais leurs demandes ont été refusées, selon leur avocat », poursuit-elle.  Selon l’AFP, les déclarations d’Human Rights Watch (HRW) interviennent au lendemain de la mort de deux personnes dans une mine clandestine de plomb dans une localité de la province de Jerada. Sinistrée depuis la fermeture d’une importante mine de charbon à la fin des années 1990, la ville de Jerada a vécu au rythme de manifestations à la suite de la mort, fin décembre, de deux mineurs dans un puits clandestin, suivie assez rapidement de deux autres décès accidentels.
Les manifestants réclamaient une « alternative économique » aux « mines de la mort » clandestines, dans lesquelles des centaines de mineurs risquent leur vie. Les manifestations ont quasiment cessé depuis deux mois. Pacifique depuis le début, le mouvement avait été marqué par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à la mi-mars, ayant fait des blessés des deux côtés. « S’il est vrai que des manifestants ont jeté des pierres le 14 mars et que, selon les autorités, ils auraient aussi allumé des incendies, cela ne justifie pas pour autant le recours à une force aveugle et excessive, ni les arrestations qui avaient commencé avant cette date », a souligné l’ONG Human Right Watch. « Cela ne justifie pas non plus la répression de manifestations pacifiques, ou les abus allégués contre des personnes en détention », a poursuivi l’organisation qui fait état d’un bilan de 69 manifestants en prison ou en détention préventive.
Après les affrontements du 14 mars, des agents de police ont « forcé les portes et brisé les fenêtres de plusieurs maisons à Jerada, frappant et interpellant plusieurs hommes sans présenter de mandats d’arrêt ni de perquisition », poursuit HRW. Les autorités marocaines n’ont pas réagi lundi au communiqué de Human Rights Watch. Face à la protestation sociale, l’Etat avait promis de fermer tous les puits abandonnés de Jerada avec un plan de reconversion pour les mineurs clandestins.