Saudi Aramco, la plus grosse compagnie pétrolière saoudienne, va fournir deux millions de barils de brut supplémentaires par mois, de juillet à décembre, à Indian Oil Corp Ltd (IOC), alors que New Delhi cherche à compenser la perte de l’approvisionnement en pétrole qu’assurait jusqu’ici l’Iran.
Sous couvert de garantie contre la pénurie de pétrole, l’Arabie saoudite a, en réalité, préparé son plan pour accaparer les parts de marché de l’Iran, un pays frappé par l’embargo américain aujourd’hui. Riyad a bien pris son temps pour négocier et présenter une offre alternative au pétrole iranien.
En avril dernier, l’Arabie saoudite a, en effet, approché des acheteurs indiens en leur proposant des livraisons de brut supplémentaires pour compenser la perte du pétrole iranien après l’entrée en vigueur des sanctions américaines. Les Etats-Unis ont imposé de nouvelles sanctions à l’Iran en novembre dernier. Ils avaient initialement accordé à l’Inde et à sept autres acheteurs une dérogation leur permettant de continuer à importer du pétrole iranien, mais sur une durée de six mois (de novembre 2018 à avril 2019). Il s’agit de la Chine, de l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Italie, la Grèce, la Turquie et le Taïwan. Ces dérogations n’ont pas été renouvelées.
Riyad a conclu en fait une bonne affaire, puisqu’elle a signé un accord à terme pour la vente de 5,6 millions de tonnes à l’Inde au cours de l’exercice 2019/2020.
A ce volume, il faut donc ajouter 2 millions de tonnes supplémentaires en option. La mise en œuvre de l’accord a commencé le 1er avril. «Nous leur (Saoudiens) avons dit que nous allions prendre 2 millions de barils par mois pendant six mois à compter du mois de juillet (environ 1,6 million de tonnes au total). Et, ils ont accepté», a déclaré A. K. Sharma, directeur financier d’IOC, cité par l’agence Reuters.
L’Inde, principal client de l’Iran après la Chine, entretient des relations diplomatiques étroites avec l’Iran, mais souhaite travailler en étroite collaboration avec les Etats-Unis. En d’autres termes, New Delhi ne veut pas avoir de relations tendues avec Washington à cause de Téhéran, d’autant plus que les Etats-Unis ont mis en garde les pays qui seraient tentés par l’achat du brut iranien.
L’Inde a acheté environ 300 000 barils de pétrole iranien par jour au titre des autorisations que Washington lui avaient accordées. Seuls les raffineurs d’Etat, représentant environ 60% de la capacité de raffinage (5 millions de barils par jour) de l’Inde, ont acheté du pétrole à l’Iran depuis novembre dernier. L’Inde a importé environ 304 500 barils par jour de pétrole iranien entre janvier et avril 2019. Par ailleurs, l’IOC, qui était le plus gros acheteur indien de pétrole iranien en 2018/2019, n’a pas signé de contrat annuel pour acheter du pétrole iranien au cours de cet exercice. La compagnie indienne veut diversifier ses fournisseurs.
«Nous avons demandé à l’Arabie saoudite de nous fournir du pétrole supplémentaire. Nous avons également des contrats optionnels avec le Koweït et le Mexique. Nous leur demanderons aussi des fournitures supplémentaires si c’est nécessaire», a déclaré Sharma. En 2012, alors que l’Iran était sous le coup d’une série de sanctions, l’Arabie saoudite et l’Irak avaient accru leurs parts de marché en Asie. Depuis lors, les échanges commerciaux ont évolué au fur et à mesure de l’approvisionnement des Etats-Unis et d’autres approvisionnements en brut. C’est là un domaine où parfois le bonheur des uns fait le malheur des autres.<