L’agence prévient, cependant, que cette prévision pourrait être nuancée par l’effort des pays les plus développés à recourir aux ressources renouvelables, ainsi qu’à l’efficacité énergétique au nom des luttes pour la préservation du climat et de l’environnement.

Par Kahina Sidhoum
Dans son rapport, rendu public hier mercredi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a indiqué prévoir une hausse de la demande en pétrole d’ici l’année 2026. Dans son document, «Oil 2021», l’agence affirme s’attendre à un rebond de cette demande à 104 millions de barils/jour d’ici une période de cinq ans. Soit 4% de plus qu’en 2019. Le sursaut, selon la même source, devrait être observé durant les exercices 2021-2022 pour continuer à s’intensifier et atteindre un nouveau record quatre ans après. Cela, à condition qu’il n’y ait pas d’imprévus qui pourraient survenir d’une crise sanitaire mondiale qui n’est pas terminée, loin de là. A condition également que les prévisions de hausse de la demande en or noir ne soit pas contredite par des contraintes politiques liées au risque environnemental et climatique. Des mesures plus fortes et des changements comportementaux dans les grands pays industrialisés pour la préservation du milieu naturel pourraient agir comme un frein à la hausse de la demande prévue, prévient l’AIE.
Les projections de l’agence sont basées sur une lecture optimiste du comportement des marchés en Asie qui devraient représenter, selon elle, 90% de la hausse annoncée des besoins en pétrole. Les pays de l’OCDE, où la reprise économique est plus lente en raison notamment d’un impact sanitaire plus fort mais, également, en raison de la mise en place d’une politique de transition énergétique et de recours continue au renouvelable, ne devraient pas revenir à leurs niveaux de besoin d’avant-2020. La demande d’essence pourrait, elle, avoir déjà atteint son «pic», les gains d’efficacité et le passage aux véhicules électriques compensant la croissance des transports dans les pays en développement, souligne l’AIE. Mais la pétrochimie continuera à tirer l’appétit mondial pour l’or noir. Il en sera de même pour la consommation de kérosène. Parmi les plus affectés par la pandémie de la Covid-19, en raison de la paralysie du transport aérien, la demande de ce carburant devrait progressivement retrouver son niveau d’avant-Covid.
Dans son résumé du rapport de l’AIE, son directeur affirme que «la crise de la Covid-19 a provoqué un déclin historique de la demande mondiale de pétrole, mais pas forcément un déclin durable». Fatih Birol ajoute que «mener à bien une transition organisée visant à s’éloigner du pétrole est essentiel pour remplir les objectifs climatiques, mais impose des changements majeurs dans les politiques gouvernementales comme dans les comportements. Sans cela, la demande mondiale de pétrole est partie pour augmenter chaque année d’ici à 2026», a-t-il ajouté.

Une bonne nouvelle pour l’Algérie ?
Certes, les prix du pétrole ont connu durant ces dernières semaines des ajustements rassurants sur les marchés internationaux, mais ils restent encore faibles par rapport aux besoins du pays, en particulier après le sinistre provoqué par la pandémie dans tous les secteurs y compris celui, stratégique, des hydrocarbures. A cela, il faut prendre en compte l’effort déjà signalé des pays grands consommateurs d’énergie fossile de faire basculer dans le renouvelable des filières comme celles de l’automobile où l’électrique gagne du terrain et promet d’être le carburant exclusif de l’avenir dans une décennie tout au plus pour ce qui concerne les pays les plus avancés dans ce domaine. On peut ajouter l’investissement que ces pays font pour atteindre l’efficacité énergétique qu’ils ont inscrit depuis des années dans leurs politiques respectives. Un aspect évoqué par le directeur de l’AIE.
Selon Fatih Birol, «pour que la demande atteigne son pic bientôt, il faut des mesures significatives et cela immédiatement, afin d’améliorer les normes en matière d’efficacité énergétique, soutenir les ventes de véhicules électriques et réduire le recours au pétrole dans le secteur électrique.» Un objectif qui ne relève pas de la science-fiction quand on observe que même des pays réputés pour être gourmands de diesel comme les Etats-Unis sont en train de s’orienter progressivement vers la locomotion électrique : une tendance plusieurs fois signalée par le ministre algérien de la Transition énergétique et des Energies renouvelables. Chems Eddine Chitour, qui plaide pour un changement de paradigme et de modèle de consommation, ne cesse de prévenir sur les conséquences de la «révolution tranquille» en cours actuellement dans les grands pays consommateurs où la grande préoccupation est de trouver et d’utiliser des carburants alternatifs, alors que leurs systèmes du travail est en train d’encourager la prise de distance par rapport à l’essence et au mazout.
Selon l’AIE, les changements de comportement combinés au recours accru au télétravail, à plus de recyclage et moins de déplacements professionnels, pourraient réduire la demande de pétrole de 5,6 mb/j d’ici 2026, «ce qui signifie qu’elle ne reviendrait jamais à ses niveaux d’avant la pandémie», souligne la même source.