La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) lie de manière tactique le mouvement de mobilisation en faveur de tamazight – et qui s’est décliné durant ces derniers jours par des marches de protestation dans différentes wilayas en Kabylie et dans les Aurès – à l’actualité économique et sociale de l’Algérie.

Aux yeux de Louisa Hanoune, qui a tenu une conférence de presse, hier, au siège de son parti, la mobilisation observée durant ces derniers jours  « ne surprend pas » et reste symptomatique du malaise social qui caractérise le pays à la veille de l’entrée en vigueur, en janvier prochain, de la loi de finances 2018. « Des marches, il y en aura encore car elles sont l’expression du malaise social ressenti par la majorité des Algériens et les jeunes, en particulier. La loi de finances 2018 et les augmentations qui auront lieu à la suite de son entrée en application auront des conséquences, telles l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens, la baisse des prestations liées à la santé, la qualité de l’éducation », a déclaré Mme Hanoune, en insistant sur le fait que la « question de tamazight est en lien étroit avec les questions sociales ».
A propos du fameux amendement rejeté de son parti, la numéro 1 du PT a rappelé que « depuis 2003, nous avons toujours fait cette proposition qui a été tout le temps rejetée par les députés des partis de la coalition ». Ceux-là, a-t-elle relevé, « ne s’attendaient visiblement pas à la mobilisation initiée par l’université, qui reste le bastion des luttes démocratiques et de la lutte pour la langue tamazight ». « L’université se réapproprie son rôle dans la société algérienne, il est tout à fait naturel qu’elle se mobilise pour la défense de tamazight, elle est à l’avant-garde des questions démocratiques et de la lutte pour l’identité. » « Dans le cadre des débats autour de la loi de Finances 2018 à l’APN, nous avons présenté 23 amendements dont une partie appelant à consacrer une enveloppe financière à la promotion de tamazight et son enseignement à travers l’ensemble du territoire national », a-t-elle déclaré affirmant que le rejet de l’amendement de son parti pour la promotion rapide de tamazight « a été l’œuvre des partis de la coalition, constituée du FLN, RND, MPA et TAJ ». « Le FLN et les autres partis de la coalition gouvernementale doivent assumer leurs responsabilités face à la révolte citoyenne », a-t-elle poursuivi, en réponse au parti de Djamel Ould Abbès qui a accusé le PT « d’être l’instigateur des marches des étudiants en Kabylie et à Batna ».
Pour la responsable du Parti des travailleurs, « le FLN est un parti panarabisme (…) qui veut camisoler le peuple algérien et permettre toutes les largesses à une minorité déjà riche, pour devenir de plus en plus riche », a-t-elle déclaré.
Elle a appelé, à ce propos, les autorités publiques à « prendre en compte la revendication de la promotion de Tamazight, notamment la formation d’enseignants spécialisés », soulignant que le PT est favorable à la mise en place « d’un secrétariat d’Etat pour tamazight ». « Certes le tamazight a été promu langue nationale et officielle, mais les restrictions sont là tout autant que le manque de moyens pour sa promotion et sa généralisation à travers le territoire national », a ajouté Mme Hanoune.
En ce qui concerne la réaction du RCD et du FFS, « nous ne comprenons pas les attaques de ces partis, avec qui nous entretenons des relations des plus normales », a-t-elle relevé. Avant de souligner que ces deux formations de l’opposition « sont absous de toute conséquence grave de la situation actuelle du pays ». Louisa Hanoune s’est en revanche attaquée au MAK, qu’elle accuse de vouloir récupérer le mouvement des étudiants et de la population en Kabylie. « Le MAK est contre tamazight, il est contre son officialisation, le MAK veut l’autonomie de la Kabylie », a-t-elle dénoncé. En observant que « ce mouvement a été mis en quarantaine lors de la marche de Tizi-Ouzou, le drapeau amazigh et l’emblème national ont été brandis côte à côte par les marcheurs », dira-t-elle pour expliquer que « les manifestants de Kabylie sont conscients des enjeux pour que le pays reste unifié» contre les manœuvres des militants du MAK.