La Russie et l’Arabie saoudite tentent de faire taire leur différend et de calmer la forte tension qui s’est emparée du marché pétrolier depuis vendredi dernier, suite à l’échec de la réunion de Vienne d’arriver à de nouvelles coupes dans la production de l’Opep ou, du moins, prolonger la réduction en cours (1,7 million de barils par jour) jusqu’à la fin de l’année pour réduire l’impact du coronavirus sur les prix de l’or noir. Les deux géants du secteur se sont lancés, hier, dans des déclarations à la presse visant à entretenir en vie leur alliance dans le cadre de l’Opep+ et les efforts pour riposter à la dégringolade des cours. C’est ce qui ressort en premier lieu de l’intervention du ministre russe de l’Energie lorsqu’il a déclaré, hier, que «la porte n’est pas fermée».
Dans une interview à la chaîne de Télévision «Rossiïa-24», M. Novak a expliqué que la non-reconduction de l’accord au-delà du 31 mars «ne signifie pas qu’à l’avenir nous ne pourrons plus coopérer entre pays Opep et non Opep», ajoutant que la coopération entre l’Opep et la Russie pourrait se poursuivre en comptant sur de nouveaux accords. «Si nécessaire, nous avons divers outils, dont une réduction et une augmentation de la production, et de nouveaux accords peuvent être conclus», a-t-il indiqué, faisant savoir que des réunions régulières sont programmées en mai-juin «afin d’évaluer la situation».
Les déclarations d’Alexandre Novak ont provoqué un rebond des cours hier, au lendemain d’une journée marquée par la pire séance du marché pétrolier depuis la guerre du Golfe en 1991. En fin de matinée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai est remonté jusqu’à 37,30 dollars sur le marché londonien, en hausse de 8,56% par rapport à la veille. A New York, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en avril gagnait 8,99% à 33,93 dollars, quelques instants après avoir dépassé les 10% et atteint 34,42 dollars. Parmi les autres facteurs ayant provoqué ce rebond, des analystes citent les «premières réactions des producteurs américains» qui ont annoncé «des réductions plus importantes des investissements et une baisse de la production de pétrole à l’avenir», soit une annonce de limitation de l’offre surabondante que causent actuellement les Etats-Unis. Hier donc, les prix opérant une forte remontée après un lundi noir, a vu le baril de brut s’écrouler suite à la décision unilatérale de l’Arabie saoudite d’opérer une large braderie dans ses livraisons de brut pour avril en procédant à leur plus importante révision à la baisse depuis 20 ans, tout en renforçant considérablement son pompage pour ce même mois. Hier, le géant saoudien Aramco a annoncé qu’il allait ouvrir ses robinets en avril à 12,3 millions de barils par jour, alors que le royaume pompe actuellement 9,9 mbj. Sauf qu’en dépit de cette riposte et de son impact sur le marché, l’Arabie saoudite rejette l’idée d’une quelconque «guerre des prix» avec la Russie et que Moscou demeure un partenaire clé pour Ryadh. «Ce n’est pas vrai. L’Arabie saoudite ne prévoit aucune guerre des prix contre la Russie. Au contraire, la Russie reste toujours un partenaire très important pour Ryadh et un acteur de premier plan sur le marché de l’énergie», a déclaré à l’agence russe Tass une source saoudienne proche de l’Opep, ajoutant que «l’accord de l’Opep avec ses alliés, dont la Russie, pour la régulation de la production pétrolière, est toujours en vigueur et peut encore fonctionner» en vue d’assurer la stabilité du marché.
Sans l’Opep+, rien ne peut restreindre les plans de productions à partir d’avril, notamment de la compagnie saoudienne Saudi Aramco, a toutefois confirmé la même source, expliquant que «tous les participants à l’accord de réduction, en particulier ses principaux exportateurs, sont responsables de l’évolution actuelle du marché pétrolier».