Le nouveau coronavirus et son impact économique à l’échelle chinoise et mondiale font chuter les cours de l’or noir et donnent des sueurs froides aux pays producteurs de l’Opep élargie. Réuni à Vienne, leur « comité technique » appelle à la réduction de 1, 7 million de baril/jour de leur offre d’ici juillet prochain, voire davantage si la conjoncture ne s’améliore pas. Alors que la Russie n’a pas encore donné son avis, l’Algérie ainsi que les autres membres soutiennent cet appel. Alger y voit « une action corrective dans l’intérêt de tous ».

Pour juguler la chute des prix du pétrole provoquée par l’épidémie de coronavirus, le comité technique conjoint Opep-non-Opep (JTC) a recommandé, à l’issue de sa réunion extraordinaire tenue à Vienne, de prolonger l’accord actuel de réduction de la production jusqu’à la fin 2020, a indiqué hier le ministre de l’Energie et président de la Conférence de l’Opep, Mohamed Arkab, a fait savoir un communiqué du ministère de l’Energie.
Le JTC a également proposé une réduction additionnelle jusqu’à la fin du 2e trimestre de l’année en cours, a jouté M. Arkab. Le prolongement recommandé concerne la réduction de 1,7 million de barils par jour, en cours jusqu’au mois de juillet prochain. Concernant la réduction additionnelle, elle serait de 600 000 barils par jour. C’est la solution de compromis qui a sanctionné la réunion de l’Opep et ses partenaires, mardi et mercredi derniers, à Vienne. Si cette dernière option est retenue, la réduction de l’Opep+ passerait de 1,7 million mbj à 2,3 mbj. La Russie ne s’est toutefois pas encore prononcée sur ce compromis, son ministre de l’Energie Alexandre Novak ayant fait savoir que son pays attendait de voir l’évolution du marché pétrolier pour faire connaître sa position sur une éventuelle réduction supplémentaire de production de pétrole. « Je pense que la question (sera réglée) dans les prochains jours. Nous verrons comment la situation évoluera dans les prochains jours », a déclaré, vendredi, M. Novak aux agences russes.
Pour sa part, M. Arkab, compte « continuer ses consultations avec les pays membres de l’Opep et non-Opep participant à la Déclaration de coopération pour rechercher des solutions consensuelles, sur la base de ladite proposition du Comité technique, afin de pouvoir stabiliser rapidement le marché pétrolier et faire face à la crise actuelle», souligne le même communiqué. Se disant optimiste, le ministre souligne que « la situation est claire, elle exige des actions correctives dans l’intérêt de tous ».
L’Opep et ses alliés se retrouvent donc une nouvelle fois mis à rude épreuve et dans l’obligation de revoir encore à la baisse leur production, de sorte à réduire de l’impact du coronavirus sur les prix du brut qui dégringolent depuis l’apparition de l’épidémie jusqu’à perdre près de 20% de leur valeur d’il y a à peine un mois. Et pour cause, frappée de plein fouet par cette épidémie, le géant chinois, premier importateur mondial de pétrole, voit son économie en subir les dommages collatéraux, et donc ses importations d’or noir tomber d’environ 11 mbj à 8 mbj entre le début et la fin du mois de janvier. Elles pourraient même être déjà descendues à 7 mbj, selon certains analystes.
Représentant plus d’un tiers de la croissance de la demande mondiale en pétrole, la Chine est automatiquement un des acteurs du marché les plus importants pour l’Opep. D’où l’impératif pour l’organisation et ses alliés de se redéployer pour éviter la contamination mortelle du coronavirus.
Dans cette atmosphère plus que morose, les marchés ont clôturé la semaine à la baisse. Vendredi, en fin de séance, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril s’affichait à 54,47 dollars à Londres, en baisse de 0,84% ou 46 cents par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le West Texas Intermediate (WTI), aussi pour mars perdait 1,24% ou 63 cents, à 50,32 dollars.
Abdelmadjid Attar : un baril « entre 45 et 50 dollars dans les mois à venir »
La chute du baril risque de se poursuivre encore, et le prix du Brent pourrait se situer entre « 45 et 50 dollars dans les mois à venir », selon l’expert dans les questions énergétiques, ancien ministre des Ressources en eau et ancien P-DG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar. Ce dernier, cité par l’APS, prévoit ce type de tendance en partant du principe que le coronavirus a déjà frappé un grand coup dans le marché pétrolier, faisant que « même une solution médicale rapide à cette épidémie ne permettra un rétablissement du marché qu’après plusieurs mois». M. Attar relève que «nous sommes donc en face d’une situation qui peut probablement faire reculer la demande mondiale de pétrole en 2020, et dans le meilleur des cas le stabiliser au même niveau que 2019, ce qui signifie, dans les deux cas, un prix du baril très fragile ».
Face à cette donne, la prolongation de la réduction de la production est plus que nécessaire, mais insuffisante sur l’année 2020, au regard des incertitudes qui existent encore sur l’évolution de la situation en Chine au cours des prochains mois », considère l’expert, ajoutant qu’«une réduction additive est à envisager sérieusement d’ici le mois de mars ».

Coup dur pour l’Algérie qui sera affectée par la baisse des prix
Pour l’Algérie, « ce n’est qu’un tout petit producteur au sein de l’Opep, et elle sera plus affectée par la baisse du prix plutôt que par une éventuelle baisse de production de sa part», poursuit-il, avant de relever les « impacts négatifs» que pourrait avoir un baril à 50 dollars sur l’économie nationale. « Mais Il est trop tôt pour avancer la moindre hypothèse au sujet des programmes de développement. Une loi de finances complémentaire est prévue pour cette année, et je pense qu’elle va répondre à cette question », précise l’ex-P-DG de Sonatrach.n