L’Algérie se montre satisfaite de la décision de l’Opep+ d’augmenter la production pétrolière de 500 000 barils/jour à partir de janvier prochain, en abandonnant leur intention première de la faire accroître de près de 2 millions de barils/jour. Le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar a précisé que cette augmentation prudente de l’offre de brut par les pays Opep et non-Opep correspond à une proposition algérienne, koweïtienne et azerbaïdjanaise. Cela convient à l’ensemble des membres, s’est-il réjoui.

Jeudi, 3 décembre, l’Opep+ a, en effet, choisi, lors d’une réunion en visioconférence, de relever prudemment son niveau de production d’or noir. Selon leur communiqué final, ses membres se sont mis d’accord pour «restituer progressivement» sur le marché les quelque 2 millions de barils/jour prévus en début d’année prochaine, en commençant par 500 000 barils quotidiens en janvier.
Cette décision, prise à l’issue d’âpres négociations, fait passer le volume de pétrole brut retiré volontairement du marché par l’Opep+ de 7,7 millions de barils/jour à 7,2 millions de barils/jour au 1er janvier. Elle amende l’accord précédemment arraché au printemps dernier, qui prévoyait une marge plus haute à 5,8 millions de barils/jour, jugée par beaucoup trop importante, voire risquée, au vu d’un marché toujours sous la pression de la crise sanitaire mondiale.
Dans une lecture optimiste de l’exercice 2021, les pays de l’Opep+ n’abandonnent pas pour autant l’objectif d’aller plus loin dans l’offre pétrolière mondiale, précisant qu’ils atteindraient les 5,8 millions de barils/jour de façon progressive, pour mieux s’aligner sur une demande freinée par la deuxième vague de la Covid-19. Pour ce faire, ces pays, ainsi que l’a confirmé le ministre algérien, ont convenu de se retrouver chaque début de mois à partir de janvier pour faire le point de la situation. Il s’agit, selon leur communiqué commun, «d’évaluer les conditions du marché et décider des ajustements de la production pour le mois suivant».

«Négociations difficiles»
Ce suivi attentif permettra «d’être plus précis et de répondre aux demandes du marché en tenant compte des facteurs positifs et négatifs qui l’affectent à chaque moment», a expliqué à l’AFP le vice-Premier ministre russe chargé du secteur énergétique, Alexandre Novak, à l’occasion d’une conférence de presse en ligne après la réunion. L’accord obtenu jeudi ne s’est pas fait sans peine, en témoigne le report de la réunion, initialement prévue mardi. M. Novak a évoqué des «négociations difficiles» quand son homologue saoudien Abdel Aziz ben Salmane a préféré souligner la nature consensuelle de la décision trouvée à vingt-trois.
L’ouverture progressive du robinet d’or noir en fonction de la demande et des prix est au coeur de la stratégie de l’Opep+ cette année, et traduit ici le compromis entre, d’un côté, les pays qui souhaitaient prolonger les réductions actuelles, de l’autre, ceux qui voulaient suivre les étapes du calendrier en vigueur. L’effort consenti au cours des derniers mois, pénible pour les finances de tous, a montré son efficacité pour les producteurs puisqu’il a contribué à la reprise des cours du brut depuis les fortes baisses observées durant la fin d’avril dernier.
Les marchés ont accueilli plutôt positivement cette décision. Les deux cours de référence – le Brent de mer du Nord et le West Texas Intermediate (WTI) américain – ont clôturé jeudi en hausse de près de 1%, à respectivement 48,71 et 45,64 dollars le baril. La remontée récente des cours est portée par l’espoir de campagnes de vaccination massives contre la Covid-19, perspective de retour «à la normale» de la demande de pétrole. L’Opep+ a également rappelé l’importance des compensations de la production de certains pays qui excèdent leurs quotas, comme récemment l’Irak ou encore le Nigeria. Ceux-là ont toutefois bénéficié d’un nouveau sursis, il leur est désormais laissé jusqu’à la fin du mois de mars 2021 pour se mettre en règle. L’alliance doit également surveiller les niveaux de production des trois membres exemptés de coupes, dont certains sont amenés à croître. C’est le cas de la Libye actuellement et peut-être de l’Iran dans un futur proche, en cas d’assouplissement des sanctions américaines à son endroit avec l’arrivée aux affaires de l’administration Biden. <