En dépit des perspectives mitigées sur la demande de l’or noir, révélées par l’Agence internationale de l’Energie (AIE) et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), les cours du pétrole se sont nettement repris à la clôture du marché vendredi dernier au point de toucher de nouveaux plus hauts en plus d’un an, à savoir les 62,43 dollars peu après avoir atteint 62,85.
Pour le détail des hausses des cours, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a gagné 2,10% ou 1,29 dollar à Londres par rapport à la clôture de vendredi. Quant au baril américain de WTI pour le mois de mars, il a grimpé dans le même temps de 2,11% ou 1,23 dollars à 59,47 dollars. Notons que les cours des deux principales références européenne et américaine du brut, qui avaient passé une grande partie de la journée du jeudi 11 février courant dans le rouge, sont repartis à la hausse en cours de séance, revenant à des prix plus vus depuis respectivement les 24 et 10 janvier 2020.
Cette tendance à la hausse de ces deux dernières semaines, Bill O’Grady, de Confluence Investment, l’explique comme étant « l’effet d’un marché haussier ». Et de préciser dans ce sens : « Habituellement, à cette époque de l’année, on assiste à une hausse de 10% à 15% des réserves de brut, c’est la norme. Mais cette année, on n’a vu qu’une suite de réductions des stocks, et cela est vraiment inhabituel.» L’analyste ajoute qu’on assiste « à une demande en croissance face à une offre assez stable, ce qui fait gonfler les prix ».
Toujours à propos de cette tendance haussière, Lukman Otunuga, analyste de FXTM, dira pour sa part : « Celle-ci, implacable, s’inscrit pourtant dans un contexte de prolongation des confinements. » Et de faire observer : « Les négociants regardent au-delà.» Pour revenir sur les perspectives mitigées de l’AIE et de l’Opep, dans leurs rapports respectifs mensuels, elles n’ont pas eu d’impact sur le marché alors qu’elles étaient pourtant venues rafraîchir les marchés la veille de clôture de la séance des cours plus tôt dans la journée.
L’organisation a, dans son rapport, fait mention de réviser à la baisse ses prévisions de demande mondiale de pétrole pour 2021, prévoyant une croissance annuelle de 5,8 millions de barils par jour (b/j). C’est environ 100 000 b/j de moins que les prévisions du mois dernier, principalement en raison de la prolongation ou de la réintroduction de mesures de confinement dans un certain nombre de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), indique le rapport.

Les nouveaux variants inquiètent l’Opep et l’AIE
Les prix au comptant du pétrole brut ont fortement augmenté en janvier, le prix du panier quotidien de l’Opep augmentant de 5,21 dollars, d’un mois sur l’autre, pour atteindre en moyenne 54,38 dollars le baril, précise le rapport. Le document prévoit aussi que l’activité économique « devrait s’accélérer considérablement » d’ici la fin juin 2021, alors que l’impact de la pandémie devrait s’atténuer et que l’élan devrait être soutenu par une demande refoulée, en particulier dans les secteurs des services à forte intensité de contacts comme le tourisme, les loisirs et l’hôtellerie. Toutefois, a averti l’Opep, de nombreux défis subsistent, notamment les variants de la Covid-19 et l’efficacité des vaccins contre ces mutations. En outre, la dette souveraine dans la plupart des économies a atteint des niveaux tels qu’une augmentation des taux d’intérêt pourrait entraîner de graves tensions budgétaires, selon le rapport.
De son côté, l’Agence internationale de l’énergie juge dans son rapport que le rééquilibrage du marché pétrolier reste « fragile » en début d’année face à la propagation des nouveaux variants du virus de la Covid-19, mais reste optimiste pour 2021. L’AIE note dans ce sens : « Le rééquilibrage du marché pétrolier reste fragile au début de 2021 alors que les mesures pour contenir la propagation de la Covid-19, avec ses variantes plus contagieuses, pèsent lourdement sur la reprise de la demande de pétrole mondiale à court terme. » L’agence rapporte également que le marché a toutefois été porté récemment par des perspectives économiques plus positives pour le deuxième semestre : le Fonds monétaire international (FMI) a révisé fin janvier sa perspective de croissance mondiale cette année à 5,5% (contre 5,2% auparavant). Les pays producteurs de l’Opep ont aussi promis de résorber plus rapidement le surplus de stocks pétroliers, souligne-t-elle encore. Les cours ont ainsi progressé récemment, le baril de Brent de la mer du Nord repassant au-dessus de la barre des 60 dollars. Après une chute l’an dernier, l’AIE confirme de son côté le rebond de 5,4 millions de barils par jour (mb/j) de la demande pétrolière mondiale cette année, quasi inchangée par rapport à la dernière prévision. La demande atteindra ainsi 96,4 mb/j au total. Dans le détail, l’agence a revu en baisse sa prévision du premier trimestre en raison de l’effet attendu des nouveaux variants, en particulier sur la mobilité. Elle s’attend en revanche à une demande plus soutenue dans la deuxième partie de l’année. Selon l’AIE, les stocks devraient alors baisser rapidement, avec une offre des pays non-Opep en progression toujours modeste. « Cela ouvre la voie à ce que l’Opep+ commence à réduire ses coupes » dans sa production, selon elle.
Notons enfin que les vingt-trois producteurs de pétrole se retrouveront, le 4 mars, à l’occasion du prochain sommet interministériel, le deuxième de l’année.