Par Feriel Nourine
Un baril de pétrole vendu entre 65 et 75 dollars arrangerait les affaires des pays consommateurs. C’est en tous les cas ce qu’a déclaré le PDG du géant russe Loukoil, Vagit Alekperov, dans une interview accordée au quotidien local Kommersant.
Ce dernier a même affirmé que cette fourchette de prix était «confortable» et que l’alliance Opep+ s’efforçait de la maintenir en régulant le marché du brut. En ce sens, les restrictions de la production dépendent de l’évolution de ce marché, a souligné M. Alekperov, responsable du second groupe russe de gaz et de pétrole, derrière Gazprom. Lequel groupe se distingue régulièrement par une pression exercée sur les autorités russes afin de peser de leur poids dans l’alliance et assouplir au maximum le programme de réduction, décidé en avril 2020, en guise de riposte mise en place par les gros producteurs à l’effondrement des prix généré par les restrictions sanitaires due à la pandémie de covid-19.
La démarche de Loukoil est provoquée par les pertes que connaît ce géant gazier et pétrolier sous l’effet de l’engagement de son pays dans l’Opep+. Et ses responsables n’hésitent pas à revenir à la charge constamment dans l’espoir de changer la donne. C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’interview accordée à l’un des premiers journaux indépendants du pays, et à travers laquelle l’intervenant dira qu’une fois le programme de réduction de l’Opep+ terminé, son entreprise pourra ajouter jusqu’à 90 000 barils par jour à sa production.
«Pour l’instant, septembre 2022 marquera une étape importante lorsque les restrictions devraient progressivement disparaître. La société a jusqu’à 90 000 barils par jour de production inutilisée, ce qui, nous l’espérons, sera nécessaire au marché», a-t-il dit, dans une sortie médiatique qui intervient moins d’une semaine après la décision prise par l’Opep+ et ses alliés de l’alliance, dont la Russie, de maintenir l’augmentation de 400 000 bpj décidée en juillet dernier pour la période allant du mois d’août à décembre 2021.
Une réunion des 23 pays engagés dans l’accord a, cependant, été programmée pour le 4 octobre. Elle servira à évaluer la situation du marché, et la prudence que fait sienne l’Opep+ face à des prix toujours sous la menace de la pandémie pourra pousser ses membres à reconsidérer leur décision prise mercredi dernier. Le réajustement de l’augmentation en cours n’est donc pas exclu. Ceci d’autant qu’à la veille de la dernière réunion de l’alliance, le ministre koweïtien du Pétrole avait laissé clairement entendre que cette option pouvait s’imposer. D’où, visiblement, cette sortie du groupe Loukoil dont le premier responsable semble vouloir prendre les devants et tenter d’influer sur une quelconque démarche qui serait prise contre ses intérêts. En attendant le 4 octobre, les prix continuent à évoluer aisément dans la fourchette citée par le responsable russe. Hier, en fin de matinée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre s’échangeait à 72,62 dollars à Londres, en hausse de 1,3% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril américain de WTI pour octobre prenait de son côté 1,54% à 69,40 dollars.
«Les prix sont soutenus par les problèmes de production dans le Golfe du Mexique», a expliqué Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank. Selon lui, 80% de la production de cette région, riche en or noir, reste limitée par les dégâts causés par la tempête Ida, et la situation pourrait mettre «des semaines pour se normaliser», causant une perte de «30 millions de barils». <