Après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), c’est au tour de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de prévoir un effondrement «historique» de la demande mondiale de brut pour 2020. Dans son rapport mensuel, publié jeudi, l’Opep table sur une consommation mondiale 92,82 millions de barils par jour (mbj), soit un recul «sans précédent» d’environ 6,85 mbj par rapport à 2019 (-6,87%), souligne-t-elle.


Dans son rapport mensuel rendu public la veille, l’AIE avait prévu une demande de 90,6 mbj sur l’année en cours. Cette évolution fortement baissière, provoquée par les mesures anti-coronavirus, signifie «un choc historique, brutal, extrême et d’ampleur planétaire» pour le marché de l’or noir, s’était alarmé l’organisation.
«La pandémie de Covid-19 affecte désormais la demande pétrolière de nombreux pays et régions, avec un impact sans précédent sur les besoins, notamment en carburants pour les transports», alors que les flottes des compagnies aériennes restent clouées au sol et que les mesures de confinement de par le globe paralysent les déplacements, relève l’Opep, précisant qu’il s’agira du premier recul annuel de la consommation pétrolière mondiale depuis 2009 et la crise financière.
Pour le second trimestre de l’année en cours, l’Organisation attend une chute de 12 mbj par rapport à la même période de l’année dernière, alors que le recul pour le trimestre suivant serait de 6 mbj, contre environ 3,5 mbj sur les trois derniers mois de l’année, détaille la même source.

Poursuite des efforts pour rétablir l’équilibre

Ceci étant, l’Opep ne manque pas de confirmer la poursuite des efforts conjoints dans le cadre de la coopération avec ses alliés visant à rétablir l’équilibre du marché mondial du pétrole. «Les efforts conjoints, dirigés par l’Opep dans le cadre de la déclaration de coopération vont continuer visant à rétablir l’équilibre du marché mondial du pétrole, dans les incertitudes et la volatilité actuelles, afin de garantir un approvisionnement en pétrole efficace, économique et sûr pour les consommateurs et un juste retour sur le capital investi», insiste-t-elle.
Elle souligne également que les défis pour les marchés de produits devraient se poursuivre, car la chute de la demande pourrait inciter davantage de raffineurs à réduire, voire à arrêter, leurs activités en raison de facteurs économiques défavorables, du manque d’espace de stockage des produits ou de la disponibilité réduite du personnel.
«Les marges pourraient continuer de baisser, comme en témoigne l’Asie en février, si la demande ne reprend pas rapidement. De même, les entrées mondiales de raffineries ont chuté de 4,6 mb /j pour atteindre 76,6 mb /j, un creux record sur plusieurs années en février, les opérateurs chinois étant les plus touchés», lit-on dans le rapport. Celui-ci ajoute que «malgré des réductions de près de 20 à 30% dans la plupart des usines, les stocks d’essence sont en hausse sur les marchés d’exportation traditionnels des Etats-Unis, comme l’Amérique latine, qui renoncent aux accords de livraison, selon le même document.
De l’autre côté de l’Atlantique, l’Organisation a fait savoir que les raffineurs européens sont confrontés à une offre excédentaire d’essence et de diesel en raison de la baisse des besoins d’importation de carburant en provenance d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique latine, ainsi que de la concurrence accrue des raffineurs américains.
En Asie, l’Opep estime que les marchés devraient rester faibles pendant les mois d’été, car l’impact négatif de Covid-19 affectera la demande de pétrole. La transition de l’Inde vers les carburants «Bharat de stade VI», qui devrait soutenir les carburants à faible teneur en soufre, aura probablement un impact insignifiant sur la consommation. Par ailleurs, l’Opep observe que la reprise des activités économiques et industrielles en Chine en mars a incité certains raffineurs à augmenter les taux de production à la mi-mars, ce qui suggère que les cycles de raffinerie pourraient commencer à se rétablir globalement vers juin ou juillet.

Le baril américain à 18 dollars
L’effondrement de la demande mondiale de brut est en train de se vérifier par un autre effondrement, sans fin, sur les marchés. Celui des prix, que la réduction historique convenue dimanche dernier dans le cadre de l’alliance Opep+ n’arrive pas à stabiliser. Pire, même les dégâts ne semblent plus possibles à limiter dans cette configuration de crise qui fait vivre à l’or noir de sombres jours et une évolution sans visibilité. Pour nouvelle démonstration de la crise, les marchés de Londres et New York clôturaient hier une semaine marquée par une série de séances à la baisse. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin s’échangeait à 27,88 dollars sur l’Inter Continental Exchange, en légère hausse de 0,22% par rapport à la clôture de jeudi. Mais c’est surtout le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai qui montrait le plus de signes de faiblesse, lâchant 7,90%, à 18,30 dollars, peu après avoir touché 18,03 dollars, au plus bas depuis le début de l’année 2002.
Le contrat suivant, pour livraison en juin et qui deviendra la référence à partir de mercredi, était quasi stable, en léger recul de 0,31% à 25,45 dollars. «L’écart entre le WTI et le Brent se creuse, le Brent se révélant beaucoup plus résistant actuellement», constate Carlo Alberto De Casa, d’Activtrades. «Cela montre clairement à quel point cette crise pétrolière touche directement les Etats-Unis et leurs producteurs», ajoute-t-il.
Ces derniers, dont le pétrole de schiste a un coût de revient plus élevé, figurent parmi les premières victimes des cours bas. Ce qui pousse d’ailleurs le président américain Donald Trump à se déployer sans relâche pour encourager et soutenir la coopération Opep+, saluant en premier les coupes record décidées dimanche dernier.<