Alors que les ministres de l’OPEP+ se réunissent dès aujourd’hui pour tenter de trouver un consensus pour l’extension des réductions actuelles de la production (7,7 millions de barils par jour) au-delà de décembre, le marché incite à la prudence et le tableau mondial à la vigilance.
Prudence parce que la récente reprise des cours reste fragile, voire issue de facteurs conjoncturels. Et vigilance compte tenu des infimes espoirs de reprise de la demande mondiale de brut, visibles notamment en Asie, où les Etats déconfinent et semblent mieux faire face à la pandémie. C’est-à-dire que l’ampleur du choc pandémique et l’inégalité de ses impacts reviennent à dire que la reprise pour l’ensemble des économies sera longue, d’où l’idée de maintenir l’offre pétrolière à son état actuel, voire de resserrer les vannes en cas de besoin. C’est le sujet principal d’ailleurs inscrit à l’ordre du jour des réunions de l’OPEP et de l’OPEP+ prévues aujourd’hui et demain. Les ministres de l’OPEP+ sont conscients qu’il y a un flagrant déséquilibre dans la reprise des économies à la fois géographiquement et entre les pétroles. C’est-à-dire que les pétroles lourds sont moins demandés en cette période de faible croissance économique. Ces disparités géographiques et de produits rendent la décision de l’OPEP+ plus complexe que ce que l’on pensait, alors que la question de l’augmentation ou la réduction de la production globale semble être tranchée. La question qui divise le plus les producteurs est liée aux perdants et aux gagnants de la stratégie qu’adopte l’OPEP+ face à une offre qui risque de revenir à des niveaux excédentaires, à l’heure où la demande demeure très faible compte tenu de l’état de l’économie mondiale. Cependant, la deuxième vague de confinements en octobre et novembre n’a pas eu le même impact sur la demande de carburant routier que la première vague de mars et d’avril, ce qui suggère que les fondamentaux du marché s’améliorent peu à peu. D’ailleurs, les données actuellement disponibles sur l’usage des routes montrent une baisse d’environ 30% par rapport aux niveaux d’avant-Covid, contre près de 70% fin mars et début avril. D’autres données indiquent que la demande au carburant routier a atteint un creux autour du 15 novembre et se redresse depuis. Tout cela signifie que le marché n’est pas aussi tendu qu’il y a quelques semaines. Les prix du pétrole reflètent cette tendance vers l’amélioration des indicateurs de la demande et de l’offre : le Brent s’est redressé bien au-dessus de 45 dollars le baril et s’est même rapproché des 50 dollars cette semaine. Cette dynamique signifie que la demande augmente, alors que l’offre se resserre sous l’effet des mesures prises par l’OPEP+ en avril dernier.
L’espoir du vaccin
anti-Covid
Cela étant, l’heure est à la prudence, car cette remontée des cours est l’effet également de facteurs conjoncturels liés, entre autres, à l’espoir suscité par le vaccin contre la Covid-19. Nombreux sont les investisseurs qui se sont déjà déclarés optimistes quant à l’impact des vaccins contre le virus sur la demande de pétrole. L’OPEP+ ne baisse pas pour autant la garde et se réunit aujourd’hui et demain pour débattre de l’opportunité d’étendre les niveaux actuels de réduction de la production au-delà de décembre 2020. L’OPEP+ devait initialement desserrer progressivement l’étau sur les restrictions à l’offre en libérant 1,9 million de barils par jour en janvier par rapport aux niveaux actuels de réduction de son offre pétrolière. L’OPEP+ applique actuellement une réduction de 7,7 millions de barils par jour et devait procéder à une réduction de 5,8 millions de barils par jour dès janvier en application des accords conclus en avril. Les producteurs négocient actuellement l’extension de la réduction actuelle au-delà de décembre, prétextant une reprise encore fragile de la demande, alors que l’offre risque de revenir à des niveaux excédentaires dès janvier.
En attendant que l’efficacité et la disponibilité des vaccins soient confirmées, ce qui augurerait d’une reprise suffisamment importante de la demande de pétrole l’année prochaine, l’OPEP+ préfère jouer la prudence et semble s’acheminer vers le maintien de la réduction actuelle de la production. Si l’OPEP+ lève le pied sur sa réduction actuelle de sa production, les stocks mondiaux de pétrole augmenteront au 1er trimestre de 2021. Mais une prolongation de trois mois de l’actuelle coupe de la production élimine la constitution des stocks, conclut un rapport rédigé par les experts de l’OPEP et qui sera soumis à l’examen de la réunion d’aujourd’hui.
Cependant, un consensus autour de la nécessité de l’extension de la coupe actuelle n’est pas encore totalement acquis, car l’OPEP+ fait face à certaines résistances affichées essentiellement par le Nigeria, l’Irak et les Emirats arabes unis. En outre, si l’OPEP+ veut continuer à éponger les stocks accumulés plus tôt cette année, elle doit maintenir le marché déficitaire plutôt que parvenir à équilibrer l’offre et la demande. Avec la reprise de la production libyenne, les analystes de l’OPEP estiment que les stocks mondiaux augmenteraient d’environ 200 000 barils par jour au cours du premier trimestre de 2021. En revanche, si une prolongation de trois mois de l’actuelle coupe venait à être validée, les stocks baisseraient d’environ 1,7 million de barils par jour entre janvier et mars 2021. <