Par Feriel Nourine
Le marché pétrolier a entamé, hier, une nouvelle semaine dans la même atmosphère que celle qui l’avait marquée vendredi dernier. La tendance baissière des cours se poursuivait, sur fond d’inquiétudes générées par un éventuel recours des Etats-Unis à leur brut.
Outre la crainte de nouvelles restrictions sanitaires, l’or noir est en train d’évoluer dans une conjoncture qui voit le président américain Joe Biden tenter de convaincre les pays producteurs, notamment ceux de l’Opep+, à revoir à la hausse conséquente leur production. Ces derniers faisant la sourde oreille en maintenant leur supplément à 400 000 barils par jour pour le mois de décembre, le locataire de la Maison-Blanche n’hésite pas à passer à la menace à peine voilée, en affirmant à la presse qu’« il existe d’autres outils dans l’arsenal que nous devons utiliser avec d’autres pays au moment opportun ». Un arsenal qui compte notamment les réserves stratégiques abondantes du premier producteur mondial et que le président des Etats-Unis pourrait faire peser sur les prix qu’il considère aujourd’hui « excessifs » et générateurs d’inflation dans son pays.
Si elle devait être mise en application, l’exploitation de ces réserves aurait plus d’impact dans l’immédiat qu’à long terme, expliquent les analystes du marché. C’est pourquoi d’ailleurs que le marché est en train de réagir à travers une baisse des prix enregistrée par les deux références européenne et américaine.
Hier, à la mi-journée, le Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier cédait 1,19% pour être cédé à 81,19 dollars sur l’Inter Contyinental Exchange. Dans la même tendance baissière, le West Texas Intermediate (WTI), pour le mois de décembre perdait 0,94% à 80,02 dollars. Le Brent et le WTI reprenaient très légèrement dans l’après-midi, restant assez loin des sommets consécutifs qu’ils avaient atteint avant ce retour à la baisse. Ceci étant, des observateurs estiment que le recul des cours n’est pas forcément le résultat des rumeurs sur le recours aux réserves américaines. Ces derniers font plutôt le lien avec la menace toujours persistante du coronavirus, à travers des cas en forte hausse ces dernières semaines et le spectre d’un retour à une situation sanitaire qui viendrait casser le rebond de la demande mondiale. « Nous ne sommes pas convaincus que la faiblesse récente des cours est à attribuer aux discussions sur les réserves stratégiques », estime, à ce propos, Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB. Pour lui, la baisse des prix est à attribuer plutôt « aux inquiétudes accrues sur une hausse du nombre d’infections à la Covid-19, qui pourrait conduire à une limitation de la demande de pétrole en cas de nouveaux confinements ».
A noter que les réserves stratégiques américaines de pétrole ont été créées en 1975 pour contrecarrer les chocs pétroliers. Enfouies dans d’immenses cavernes de sel allant jusqu’à 800 mètres de profondeur le long de la côte du Golfe du Mexique, ces réserves peuvent emmagasiner jusqu’à 714 millions de barils d’or noir. Actuellement, le niveau des stocks se situe à 609 millions de barils, selon le département américain de l’énergie, soit l’équivalent assez limité de six mois de consommation de brut aux Etats-Unis.
Une soixantaine de réservoirs forés dans une strate de sel sont répartis sur quatre sites hautement surveillés, en Louisiane et au Texas. Ils contiennent ces réserves qui représentent la plus grande manne d’urgence de brut au monde, affirme le ministère.
Il faut un délai d’une douzaine de jours après la décision du Président pour que le pétrole tiré de ces cuves connectées à de multiples réseaux de pipelines soit raffiné ou vendu sur le marché. Ce pétrole brut peut être utilisé pour la demande intérieure mais aussi être exporté.