Le Koweït a annoncé par la voix de son ministre du Pétrole avoir commencé à réduire l’approvisionnement en pétrole sur le marché international sans attendre l’accord conclu par les pays exportateurs de pétrole. Cet accord, faut-il le rappeler, doit entrer en vigueur le 1er mai.


Le projet pétrolier de l’Azerbaïdjan, Azeri-Chirag-Guneshli, devra également réduire fortement sa production à partir de mai pour respecter ses engagements dans le cadre de l’accord, lit-on sur Reuters. En revanche, la production russe s’est stabilisée, voire a légèrement baissé en avril comparativement aux niveaux de mars, peu avant l’entrée en vigueur de l’accord de réduction de la production conclu par l’Opep+ dans laquelle siège la Russie. La production de pétrole brut et de condensats de la Russie est restée stable en avril, alors que le pays s’apprête à réaliser ses plus importantes réductions de production jamais consenties. Les producteurs russes ont ainsi pompé 35,422 millions de tonnes de pétrole du 1er au 23 avril, selon les données du ministère russe de l’Énergie, rapportées par Bloomberg. Cela équivaut à 11,289 millions de barils par jour, contre une production de 11,29 millions de barils par jour en mars. La Russie, qui avait déclaré par le biais de son ministre de l’Energie qu’aucun pays n’était désormais contraint de réduire son offre depuis le 1er avril après l’échec des discussions au sein de l’Opep+, ne voit aucun sens à augmenter la production compte tenu de la surabondance de l’offre mondiale de pétrole. Les producteurs ont convenu ensuite de réduire la production collective de 9,7 millions de barils par jour à partir de mai pour faire face à la chute des cours, provoquée par la récession de l’économie mondiale et les mesures de confinement des populations suite à la propagation de l’épidémie du coronavirus. La part de la Russie dans les coupes atteindra 2,5 millions de barils de brut au cours des deux prochains mois. Ces coupes, décidées par l’Opep+ en associant d’autres producteur hors-Organisation, semblent être insuffisantes pour enrayer la chute des cours et rééquilibrer le marché, de l’avis de plusieurs analystes. Hier, les cours ont timidement remonté la pente, mais se dirigeaient vers leur troisième baisse hebdomadaire, les coupes de production n’ayant pas réussi à suivre le rythme de la baisse de la demande en raison de la crise des coronavirus.
Rebond timide des cours
Vers 16h00 GMT, les prix du pétrole s’inscrivaient en légère hausse, les investisseurs calmant le jeu au terme d’une semaine dantesque pour le marché de l’or noir. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin valait 22,29 dollars à Londres, en hausse de 4,50% par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril américain de WTI pour juin gagnait 8,24%, à 17,86 dollars. La veille, ce dernier avait grimpé d’environ 20% après plusieurs jours très agités, marqués par une clôture sous zéro dollar lundi pour la première fois de son histoire. Un retour dans la zone rouge pour une huitième baisse hebdomadaire n’est pas à exclure compte tenu de la forte volatilité du marché et l’absence de bonnes nouvelles du coté de l’offre. Le WTI est tombé en territoire négatif, à moins 37,63 $ le baril lundi dernier, tandis que le Brent est tombé à son plus bas niveau depuis deux décennies. Les tensions entre Washington et Téhéran ont contribué à faire remonter les cours ces deux derniers jours, après un tweet du président Donald Trump affirmant avoir donné ordre de «détruire» toute embarcation iranienne qui s’approcherait de façon dangereuse de navires américains dans le Golfe. En tout cas, avec un espace de stockage mondial qui se remplit rapidement et une demande de pétrole en baisse d’environ 30%, les coupes de production décidées par l’Opep+ s’avèrent jusqu’à présent trop peu efficaces pour rééquilibrer le marché. C’est dire que la passe difficile que traverse le marché du brut «est loin d’être terminée», estiment les analystes de Commerzbank. «Les risques sont nombreux concernant la demande et la disponibilité des stocks. Côté offre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés ont encore beaucoup à faire pour convaincre le marché.» Néanmoins, les analystes tablent sur l’espoir d’une reprise de l’économie chinoise, épicentre de l’épidémie de coronavirus, où les ventes de carburant devraient reprendre au deuxième trimestre alors que Pékin assouplit les freins pour contenir la pandémie. Pendant ce temps, les législateurs américains ont approuvé un projet de loi de près de 500 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie, fournissant un soutien aux petites entreprises et aux hôpitaux. Le paquet porte les dépenses américaines de lutter contre la crise à près de 3000 milliards de dollars. Nonobstant, l’économie mondiale pourrait connaître une contraction record cette année. n