Le marché pétrolier entamait, hier, une nouvelle semaine qui s’annonce encore plus dure à vivre pour les producteurs que la semaine dernière, qui avait vu les prix chuter de 20%, avec un pic de 25% enregistré hier lundi, soit la pire journée pour l’or noir depuis la guerre du Golfe en 1991.

Hier, la tendance baissière se poursuivait, alors que la pandémie de coronavirus conforte de plus les prévisions d’un fort recul de la croissance mondiale et donc de la demande de brut. Une évolution qui fait déjà craindre une récession économique mondiale sur les places boursières.
Dans cette tendance qui prend de vitesse toutes les analyses, un nouveau plongeon portait le baril à des profondeurs qu’il n’avait plus connues depuis 2016. C’est ce qui s’est passé à la mi-journée lorsque le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai est tombé à 30,22 dollars à Londres, en baisse de 10,66% par rapport à la clôture de vendredi. Comprendre que le Brent menace désormais de passer sous les 30 dollars.
A New York, le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour avril chutait de 8,04%, à 29,18 dollars, mais toujours au-dessus de son dernier plancher atteint lundi dernier à 27,34 dollars.
« L’offre et la demande prennent une direction opposée comme rarement vue auparavant », résume Bjarne Schieldrop, analyste de SEB, un phénomène « qui exerce une pression très forte sur les prix des deux barils de référence », souligne-t-il.
Mais bien plus que le coronavirus, c’est surtout la décision annoncée la semaine dernière par l’Arabie saoudite d’inonder le marché à partir d’avril qui semble être devenue la raison première de l’éclatement du marché. Dans le cadre de la riposte du Royaume au refus de la Russie de limiter davantage la réduction de l’offre pétrolière, le géant Saudi Aramaco n’a pas hésité à annoncer une production de plus de 12,5 millions de barils par jour pour le mois prochain, soit 25% de plus que sa production actuelle. S’en est suivie le fairepart des Emirats arabes unis concernant une production supplémentaire de 1 mbj par ce pays et proches alliés de Ryad dans la région du Golfe. Hier encore, Saudi Aramco a fait savoir que l’augmentation de son offre de pétrole annoncée pour le mois d’avril pourrait être reconduite en mai, ce qui menace d’accentuer la chute des cours du brut dans un contexte de ralentissement de la demande.
Ceci étant, il était attendu que la décision prise par le Président américain d’acheter le maximum de pétrole pour renforcer les réserves de son pays, allait avoir raison de l’excédent que provoqueraient les hausses des productions saoudienne et émiratie. Un scénario qui serait plutôt profitable au marché. Ce qui n’a pas été du tout le cas, bien au contraire, le baril continuait hier de naviguer dans les profondeurs du puits, avec un baril de Brent qui menace, à son tour, de passer sous la barre des 30 dollars.
Pour rappel, Donald Trump a décidé de porter à leur maximum les réserves américaines de pétrole et il l’a fait savoir publiquement samedi par la voie d’une conférence de presse, justifiant sa démarche par le souci de prémunir son pays d’une crise économique causée par le coronavirus. « Nous allons remplir les réserves stratégiques jusqu’au sommet, faire économiser des milliards aux contribuables américains, aider notre industrie pétrolière », a-t-il déclaré. Dans cet objectif, il a demandé au secrétaire à l’Energie « d’acheter à très bon prix de grandes quantités de pétrole brut pour le stockage aux Etats-Unis ». <