Le Brent se négocie à son plus haut niveau en près de deux années et demi. Dans une journée mouvementée sur les marchés, les cours du brut dépassaient, hier, les 65 dollars le baril sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, place de cotation pour le Sahara Blend algérien.

Le marché était d’un coté extrêmement perturbé par la fuite de l’important oléoduc Forties en mer du Nord, ce qui perturbe l’offre en Europe, mais les cours étaient galvanisés par la volonté des Saoudiens de réduire leurs livraisons vers l’Asie afin d’accélérer l’équilibrage du marché. Peu avant midi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février valait 65,57 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 88 cents par rapport à la clôture de lundi avant que sa cotation ne décroche dans l’après-midi. Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» (WTI) pour le contrat de janvier gagnait 31 cents à 58,30 dollars.
Des problèmes de pipeline sont à l’origine de la forte hausse des cours observée hier sur le marché londonien. Des analystes s’attendent à ce que l’oléoduc de Forties, qui relie de nombreuses plateformes pétrolières à l’Ecosse et représente un débit quotidien entre 400.000 et 450.000 barils, va être arrêté pendant plusieurs semaines. Ce qui représente un important manque à gagner pour le marché. La fermeture de cet oléoduc arrive à point, s’ajoutant à la volonté affichée par certains producteurs de réduire leurs livraisons de brut. Mais le pétrole de Forties a une importance particulière pour les prix du marché. « Il ne s’agit pas que de 450.000 barils par jour. Ce volume devait représenter plus de la moitié du pétrole utilisé pour fixer le prix du pétrole de Brent pour janvier. C’est ce standard qui est utilisé comme référence en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie », a rappelé Tamas Varga, analyste chez PVM. Un autre problème de pipeline s’est déclaré en Amérique ; l’oléoduc de Keystone, qui relie les exploitations de pétrole canadiennes aux Etats-Unis, souffrant d’un important casse-tête technique, à l’heure où les raffineries vrombissent à vive allure. Des rapports indiquent que l’approvisionnement en brut à Cushing en Oklahoma (où est stocké le pétrole servant de référence au WTI, NDLR) a chuté de 3,1 millions de barils. Les marchés sont ainsi inquiets quant à la durée de la fermeture des oléoducs, des appréhensions qui contribuent à la hausse des cours, profitant également des annonces de certains producteurs Opep allant dans le sens d’une réduction des approvisionnements pour accélérer le rééquilibrage du marché. Le plus grand producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, l’Arabie saoudite en l’occurrence, a annoncé, lundi dernier, une réduction de ses exportations de brut à destination de ses clients asiatiques en janvier, pour accélérer un rééquilibrage du marché international de brut. Un porte-parole du ministère saoudien de l’Énergie a déclaré que l’entreprise publique Aramco allait maintenir « un approvisionnement constant à destination des États-Unis et de l’Europe, tandis que les exportations vers l’Asie allaient être réduites de 100.000 barils par jour » par rapport aux niveaux de décembre. « Cela est conforme à notre volonté de tenir, et même de dépasser, nos engagements » pris le 30 novembre lors de la prolongation de l’accord de réduction de la production, a-t-il annoncé. L’accord en question, conclu fin 2016 entre l’Opep et une dizaine de producteurs non Opep, prévoit une réduction de la production de 1,8 million de barils par jour (mbj) afin d’enrayer une chute des prix du pétrole. L’accord vient d’être reconduit pour neuf mois supplémentaires, soit jusqu’à décembre 2018. « Nous espérons qu’en montrant ainsi l’exemple, nos partenaires au sein de l’Opep, ainsi que les autres, feront de même » en respectant à 100% les termes de l’accord et contribuer ainsi « à accélérer la stabilisation du marché», a dit le porte-parole. Allusion faite à l’impératif d’adhérer à l’effort de limitation de l’offre afin de parvenir à équilibrer le marché avant l’échéance de décembre 2018. Une chose est sûre, un brut à plus de 65 dollars le baril représente d’importants gains pour les pays producteurs, en particulier pour les économies dépendantes du niveau de cotation du pétrole, dont l’Algérie. La chute des prix du pétrole depuis juin 2014 expose le pays à d’importants déséquilibres extérieurs et à de conséquents déficits budgétaires. Une reprise des cours pétroliers ne fera qu’améliorer les indicateurs, en attendant que les grandes réformes budgétaires et économiques soient lancées. <