Les deux références mondiales de brut, le Brent et le West Texas Intermediate (WTI), ont signé de nouveaux records, hier, alors que certains traders ne lésinent plus sur les propos pour dire leurs projections d’un baril à 80 dollars, voire à 100 dollars, cette année.

Par Hakim Ould Mohamed
Vers 16H, heure algérienne, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 73,66 dollars à Londres, en hausse de 1,10% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril de WTI pour le mois de juillet avançait dans le même temps de 1,30%, à 71,80 dollars. Le Brent et le WTI évoluent proches de leurs précédents records de 2018. Deux des plus influents traders du marché Glencore Vitol disaient, hier, entrevoir des marges supplémentaires de profits pour le pétrole, lors du sommet FT Commodities Global. Selon les prévisionnistes de Glencore, la demande mondiale devrait revenir à la normale au troisième trimestre de l’année prochaine, pariant sur de nouvelles hausses des prix au fur et à mesure que la demande grimpe davantage et que les campagnes de vaccination s’accélèrent dans le monde.
De son côté, Russell Hardy, PDG de Vitol, a indiqué à la même occasion que la demande de diesel et de produits pétrochimiques est déjà aux niveaux d’avant Covid, soulignant qu’il y a encore une importante marge de hausse pour les prix du pétrole. Jeremy Weir, PDG de Trafigura, parie quant à lui sur l’espoir de voir le pétrole atteindre 100 dollars le baril en raison d’un manque d’approvisionnement dans un secteur sous-investi. Le brut a grimpé en flèche cette année alors que les programmes de vaccination ont inversé la tendance haussière des contaminations à la Covid-19 aux Etats-Unis, en Europe et en Chine. La demande d’essence en Chine, le mois dernier, était 5% plus élevée qu’au cours de la même période en 2019. Pendant ce temps, l’argent continue de tourner dans le secteur des matières premières plus largement. Une enquête mensuelle menée par Bank of America auprès des gestionnaires de fonds a montré que les paris haussiers sur les matières premières avaient dépassé Bitcoin en tant que transaction la plus valorisée sur les marchés.

L’Algérie tire son épingle du jeu
Cela signifie tout simplement que l’intérêt des investisseurs pour le pétrole connaît ses plus grands moments et que les paris haussiers n’ont pas encore atteint leur limite. Deux facteurs essentiels sont à l’origine directe de cette tendance haussière des cours, à savoir les bonnes nouvelles provenant du front de la demande et le sentiment optimiste qui prévaut sur les marchés financiers. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait balisé le terrain, jeudi dernier, prévoyant dans son dernier rapport mensuel que la demande mondiale de pétrole devrait dépasser les niveaux d’avant la pandémie d’ici la fin de 2022. Cette éclaircie est bien évidemment la bienvenue pour l’Algérie, prise en étau entre une production d’hydrocarbures peu flexible et une conjoncture budgétaire pour le moins tendue. La levée progressive des restrictions de l’Opep+ sur la production a pu profiter à l’Algérie, puisque l’offre du pays a progressé de 24 000 barils en mai par rapport à avril, à 891 000 barils par jour, contre une production de 867 000 barils par jour en avril, à en croire les données officielles du gouvernement communiquées à l’Opep.
Un rebond appréciable même si la croissance de la production reste inférieure aux attentes, freinée notamment par les quotas de l’Opep+ fixés à l’Algérie dans le cadre des accords de limitation de l’offre pétrolière du groupe. La production algérienne renaît des plus bas de 874 000 barils par jour en moyenne durant le premier trimestre de l’année pour remonter progressivement la pente et atteindre 891 000 en mai. Cette hausse de la production algérienne de pétrole brut observée en mai, suite à la hausse de la production de l’Opep+, celle-ci prévoyant d’injecter sur le marché une offre supplémentaire de 2,1 millions de barils par jour entre mai et juillet, intervient alors que l’activité du secteur des hydrocarbures semble retrouver une bonne croissance, en témoignent les récentes statistiques du ministère des Finances. Celui-ci a indiqué dans une note de conjoncture diffusée, jeudi, que la croissance du secteur des hydrocarbures devrait atteindre 10,5% cette année.