Les cours du pétrole évoluaient hier dans une tendance haussière, au lendemain de l’annonce par l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe de réduire davantage leur production durant le mois de juin.
Après avoir affiché une progression en séance asiatique, l’or noir évoluait dans cette même dynamique un peu plus tard sur les marchés londonien et new-yorkais, améliorant progressivement ses gains, mais se limitant à des hausses légères. A 15h, la montée des prix se poursuivait et permettait au Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet d’atteindre 30,48 dollars sur l’InterContinentalExchange (ICE), en hausse de 2,87% par rapport à la clôture de lundi.
Dans le même sens d’évolution, le New York Mercantile Exchange affichait un baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en juin à 25,66 dollars, soit un bond de 6,30 dollars. Les analystes attribuent cette amélioration à la décision de l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis d’opérer des coupes supplémentaires dans leurs productions respectives en juin, soit plus que les quotas arrêtés dans le cadre de l’accord Opep+ portant sur une réduction de 9,7 millions de barils par jour pour l’Opep et ses partenaires. Cette décision vise à réduire la surabondance qui domine toujours le marché par l’entremise d’un effondrement de la demande et de stocks arrivés à leurs limites de remplissage.
Lundi, le ministre saoudien de l’Energie a déclaré avoir demandé à l’entreprise d’Etat Aramco de passer à une réduction de 1 million de baril par jour le mois prochain. Cette baisse portera l’offre saoudienne à 7,5 millions de barils par jour, a précisé le ministère de l’Energie dans un communiqué cité par l’agence officielle SPA.
Conformément à l’accord d’avril, l’Arabie saoudite a déjà réduit à 8,5 millions de barils son production, atteignant ainsi son niveau le plus faible en plus d’une décennie.
«Le royaume cherche par cette nouvelle réduction à inciter les pays de l’OPEP et les pays
producteurs en dehors de l’OPEP à respecter leurs promesses de réduction de leur production et à procéder à de nouvelles réductions en vue de soutenir la stabilité du marché pétrolier mondial», a souligné le ministère saoudien de l’Energie.
Le Koweït et les Emirats arabes unis ont rapidement suivi l’orientation du royaume et décidé de réduire, eux aussi, leur production respectivement de 80.000 et 100.000 barils supplémentaires par jour en juin.
Troisième producteur mondial de brut, après les Etats-Unis et la Russie, et premier exportateur, l’Arabie saoudite n’en fini plus de compter les pertes en raison des mesures sanitaires prises contre le coronavirus.
C’est pourquoi après avoir enterré la hache de la guerre des prix qui l’avait opposée à la Russie, en mars, le chef de file de l’Opep se déploie depuis à sensibiliser les pays de l’organisation et leurs partenaires, et même d’autres pays hors alliance Opep+, à réduire massivement leurs productions et aller au-delà de l’accord du 12 avril dont le royaume a été l’un des artisans avec le géant Russe.
Preuve du malaise que traverse le secteur énergétique saoudien, l’annonce, hier, du mastodonte Aramco, faisant état d’une baisse de 25% de son bénéfice net au premier trimestre 2020, après la spectaculaire chute des prix de l’or noir due à la crise du coronavirus. Pour rappel, le fleuron économique de l’Arabie saoudite est devenue, en décembre dernier la plus grande entreprise cotée en Bourse après avoir levé un record de 29,4 milliards de dollars lors de la vente de 1,75% de ses parts sur les marchés financiers saoudiens. Mais, depuis, la bouée économique de Ryad flotte en eaux troubles.
«La crise du Covid-19 ne ressemble à rien de ce que le monde a connu dans l’histoire récente et nous nous adaptons à un environnement commercial très complexe et très évolutif», a déclaré dans un communiqué le PDG d’Aramco, Amin Nasser, soulignant que la baisse des bénéfices reflète principalement la chute vertigineuse des prix du pétrole, ainsi que la diminution des marges du raffinage et des produits pétrochimiques. Tout comme l’Arabie saoudite, la Russie subit de plein fouet les retombées du coronavirus sur le secteur pétrolier. Mais aussi sur les plans de développement de ses entreprises, dont le groupe Rosneft. Le géant de l’industrie énergétique russe a annoncé hier qu’il allait faire baisser ses investissements de plus de 20% cette année.<