Le pétrole monte sur un marché craignant de plus en plus l’effet des sanctions américaines contre le Venezuela sur l’approvisionnement mondial en pétrole. Le Venezuela, empêtré depuis quelques jours déjà dans une grave impasse politique, envisage de déclarer un cas de force majeure et pourrait mettre fin aux expéditions de son pétrole à destination des raffineurs américains, après que la Maison-Blanche ait interdit aux entreprises américaines d’acheter son brut. Cette interdiction signifierait que les 500 000 barils expédiés tous les jours aux Etats-Unis, par ce membre de l’Opep, devraient être redirigés ailleurs. La crise au Venezuela n’a eu jusqu’à présent qu’un impact limité sur les prix car elle n’a pas modifié l’état des fondamentaux, dont l’offre et la demande. Le retour de la production du Venezuela sur le marché pourrait prendre des années, alors que le pays est exempté des dernières décisions, prises le 7 décembre dernier par l’Opep et ses alliés, portant sur une réduction de 1,2 million de barils par jour de leur production. En tout cas, les investisseurs attendent de voir comment le Venezuela réagira aux dernières sanctions américaines contre son pétrole. Si Caracas venait à décider de déclarer le cas de force majeure sur ses exportations de pétrole brut aux Etats-Unis, près de 12 millions de barils pourraient être affectés le mois prochain. Le marché surveille de plus près l’évolution de la situation au Venezuela, où les deux parties protagonistes campent sur leurs positions, ce qui pourrait retarder l’issue à la crise. Pour le moment, à défaut d’un signe de basculement d’un côté ou de l’autre, le marché se contente de grappiller quelques gains, en attendant que la situation évolue pour assumer cette tendance haussière. En mai, les sanctions américaines contre le pétrole iranien devraient se durcir davantage, car l’administration Trump avait laissé entendre qu’elle ne comptait pas renouveler les dérogations attribuées à huit pays, les autorisant à acheter le brut iranien après le rétablissement des sanctions, le 5 novembre dernier. Cette perspective, combinée aux sanctions contre le pétrole vénézuélien, pourrait peser sur un marché affecté par la surabondance de l’offre. Techniquement, une défection des deux pays pourrait pousser les cours vers le haut, mais elle pourrait aussi être un piège pour l’Opep et ses alliés, engagés dans une tentative de rééquilibrage du marché au moyen d’une baisse de leur offre. Ce fut le cas avec le rétablissement des sanctions contre l’Iran. L’Opep avait décidé, en juin 2018, de lever le pied sur sa décision de réduction de la production à même de faire face à la perspective d’un retour des sanctions américaines contre l’Iran.
Cette décision, qui avait incité nombre de producteurs à pomper sans retenue, a aidé à la hausse de la production et des stocks et entraîné une baisse des cours que l’Opep et ses alliés ne parviennent pas encore à endiguer. L’on n’est pas encore dans ce cas de figure, mais la réaction des producteurs face à une éventuelle défection du Venezuela et de l’Iran est à surveiller à la loupe. Il semblerait que l’Opep et ses partenaires n’envisagent pas de reculer sur leur décision du 7 décembre dernier. Preuve en est que les Saoudiens promettent d’ores et déjà des coupes de pétrole plus profondes, en février, dans le cadre de l’accord entre l’Opep et ses partenaires non Opep. En effet, le ministre Saoudien de l’Energie Khalid Al-Falih a promis, hier, que son pays va réduire à nouveau sa production de pétrole en février et de pomper pendant six mois à des niveaux «bien inférieurs» à la limite de production acceptée en vertu de l’accord sur les coupes pétrolières conclu par l’Opep et ses alliés non Opep. Le premier exportateur mondial a ciblé une production de 10,2 millions de barils par jour en janvier et vise à en extraire environ 10,1 millions en février, a précisé son ministre de l’Energie. La limite volontaire que l’Arabie saoudite s’est imposée, aux termes de l’accord de réduction de décembre conclu avec la Russie et les autres producteurs, était de 10,33 millions de barils par jour. Khalid Al-Falih s’attend également à ce que « la demande reprenne à la fin du premier trimestre et au deuxième trimestre ». L’impact de la réduction de la production de l’Opep et ses partenaires «se répercutera sur les marchés mondiaux au cours des prochaines semaines», a-t-il prévu. Les deux grandes inconnues auxquelles est confronté le marché est l’évolution de la situation au Venezuela et l’impact du durcissement des sanctions contre le pétrole iranien. Une équation à deux inconnues qui déterminera le cap des prochains mois.n