Par Bouzid Chalabi
Dans un contexte de forte incertitude quant à l’évolution des pourparlers de paix entre Moscou et Kiev, d’aggravation des sanctions économiques contre la Russie et de mesures pour faire baisser les prix, les cours du pétrole sont tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. Ainsi ils continuent dans une fourchette comprise actuellement entre 100 et 120 dollars le baril.
En effet, les prix du pétrole reprenaient leur hausse hier après-midi, après une légère baisse enregistrée dans la matinée. Vers 14H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin gagnait 3,58% à 108,11 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en mai grimpait quant à lui de 4,28% à 103,52 dollars. Dans la matinée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin perdait dans la matinée 0,92% à 103,43 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en mai cédait quant à lui 0,64% à 98,63 dollars. En moyenne hebdomadaire, le Brent sur le marché à terme de Londres était en baisse à la clôture des cours de 7,4% à 109,7 dollars le baril, comme le WTI à New York qui perdait 8,4 % à 103,5 $/b. A propos du comportement du marché pétrolier dans les prochains jours, les économistes, interrogés par Bloomberg au 1er avril, ont fortement révisé à la hausse leurs prévisions pour le prix du Brent en 2022 (+10 $/b) avec une valeur médiane à 92,5 $/b pour un prix à terme de 98,9 $/b. Toujours dans ce même sillage, le président américain Joe Biden a tenté une nouvelle fois, jeudi, de faire baisser les prix du pétrole en autorisant l’utilisation de plus de 180 millions de barils dans les six prochains mois. De leur côté, les 30 autres pays membres de l’AIE ont promis de puiser, eux aussi, dans leurs réserves stratégiques. Mais puiser dans les réserves stratégiques suffira-il à combler le déficit de l’offre causé par les sanctions occidentales ? «En un mot, non», abonde Stephen Brennock, analyste chez PVM Energy. Ce dernier affirme, également, qu’«il faut s’attendre à ce que jusqu’à 3 millions de barils par jour de pétrole russe soient bloqués ce mois-ci. Cela dépasse de loin la libération de pétrole des stocks stratégiques». Et de poursuivre dans ce sens : «La vague entrante de barils atténuera donc le déficit de l’offre, mais ne l’éliminera pas.» Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank, estime, pour sa part, qu’il est toutefois peu probable que «l’UE interdit les importations de pétrole et de gaz russes, car il ne serait pas possible de trouver rapidement un autre approvisionnement, en particulier, pour le gaz et le pétrole, ce qui aurait de graves conséquences économiques». Faut-il savoir, par ailleurs, que face à cette perspective d’un choc d’offre majeur (le 5e plus grand choc pétrolier sur un mois depuis la Seconde Guerre mondiale), les Etats-Unis et les pays membres de l’AIE ont convenu, vendredi dernier, d’un nouveau déblocage des stocks stratégiques. Les détails de ce nouveau déblocage seront rendus publics la semaine courante, mais les USA ont déjà annoncé un déstockage historique de pétrole brut de leur réserve SPR de 180 mb (1 mb/j pendant six mois) soit 30% de la SPR. Cet accord fait suite à la décision de libérer un total de 62,7 millions de barils (dont 30 mb des Etats-Unis) annoncée le mois dernier. Au total, les pays de l’AIE détiennent actuellement environ 1,5 milliard de barils soit l’équivalent théorique de 3 mb/j (niveau des exportations russes) pendant 500 jours. Cette action coordonnée historique des pays membres de l’AIE et des USA vise avant tout à faire baisser les prix du pétrole brut dans un contexte d’inflation mondiale record qui touche tous les marchés : énergétique, alimentaire, industriel. A court terme, cette action devrait contribuer à calmer les marchés tout en donnant aux négociateurs russes et ukrainiens le temps de trouver un terrain d’entente. Notons qu’en plus de l’action des pays consommateurs, les acteurs du marché pétrolier attendaient un geste des pays producteurs de pétrole et, en particulier, de l’Opep+ pour augmenter l’offre mondiale. Lors de sa dernière réunion la semaine dernière, l’Opep+ a bien convenu d’une augmentation de la production en mai, mais une augmentation très modeste de +432 kb/j conformément aux accords passés, considérant que les fondamentaux indiquaient que le marché était bien équilibré. Selon Bloomberg, la production de l’Opep, en mars, a augmenté de 90 kb/j pour atteindre 28,6 mb/j. La production de l’Opep aurait augmenté de 120 kb/j, bien en deçà de l’augmentation attendue de 253 kb.
Disons enfin que le marché pétrolier pourrait connaître les prochains jours de sérieux bouleversements. <