Les cours du pétrole se relevaient hier de leur plongeon de jeudi. Pour ce dernier jour de la semaine, l’or noir remontait la pente et gagnait en valeur marchande, après une chute de 8,2% subie la veille.
A la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 38,82 dollars à Londres, en hausse de 0,70% par rapport à la clôture de jeudi. Regain aussi à New York où le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour le mois de juillet gagnait 0,63%, à 36,57 dollars.
Le fort recul des cours est «naturel», estiment des analystes, puisqu’il s’agit d’une évolution qui fait suite à une forte progression opérée, en début de semaine, sur le marché. Une progression qui a poussé le Brent jusqu’à hauteur de 43 dollars, soit un seuil plus revu depuis trois mois.
Dernièrement, «les prix du pétrole ont progressé pied au plancher, il est donc naturel que le marché reprenne ses esprits et corrige les excès», a commenté, en ce sens, Bjornar Tonhaugen, analyste pour Rystad Energy. «Il n’est pas surprenant que lorsque l’aversion au risque revient sur le marché, ce qui a fait flancher les marchés actions hier, cela engendre également des prises de bénéfices sur le pétrole», a renchéri Eugen Weinberg, pour Commerzbank. Néanmoins, les réductions décidées par l’Opep+ devraient limiter la chute des prix, constate-t-on. Ceci d’autant que ces réductions, portant sur 9,7 millions de barils par jour, ont été prolongées d’un mois, c’est-à-dire jusqu’à fin juillet.
La forte baisse des prix enregistrée jeudi a été provoquée par les craintes d’une deuxième vague de coronavirus, les Etats-Unis ont enregistré 941 morts supplémentaires liés à la pandémie. Cependant, même si ce scénario venait à se produire, il est peu probable que les principales économies soient à nouveau complètement paralysées comme elles l’ont été en mars et avril derniers. Ce qui signifie que «la demande de pétrole brut ne sera pas aussi durement touchée qu’elle ne l’était il y a deux mois», soutient-on dans le milieu des analystes. «Nous ne pouvons pas fermer l’économie de nouveau», a d’ailleurs prévenu le Secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, interrogé sur la chaîne CNBC.
1 800 milliards
de dollars de pertes
Sur un autre registre, les scénarios de pertes inédites pour le secteur des hydrocarbures continuent à alimenter les rapports d’organismes chargés de mettre des chiffres sur la crise pétrolière engendrée par le coronavirus. Ainsi, une étude de l’agence de notation Fitch Ratings prévoit des pertes de 1 800 milliards de dollars en 2020 pour le secteur. «La pandémie du coronavirus et l’effondrement des prix du pétrole qui en résulte devraient causer une perte de 1 800 milliards de dollars pour l’industrie pétro-gazière en 2020, soit près de 40 % du total. C’est ainsi que le secteur des hydrocarbures sera le plus touché par la crise», précise l’agence.
Mais les pertes prévues ne s’arrêtent pas à ce seuil puisque Fitch Ratings table également sur des pertes totales de 5 000 milliards de dollars pour l’économie mondiale, cette année. «Cela correspond à plus du tiers des pertes totales et fait de ce secteur le plus touché», souligne-t-elle, avant de faire remarquer que «la nature critique et coûteuse de l’extraction du pétrole et du gaz en termes de revenus, de dépenses d’exploitation et d’investissements explique que ce secteur domine nos projections de pertes de revenus en 2020». Et l’impact de la Covid-19 sur les hydrocarbures est «six fois plus que l’impact sur le secteur du commerce de détail, par exemple», a noté Fitch Ratings. Par ailleurs, les revenus du segment de l’exploration et de la production devraient chuter d’environ 1 000 milliards de dollars pour s’élever à 1 047 milliards de dollars selon la société de recherche indépendante Rystad Energy. n