Synthèse Bouzid Chalabi
Dans l’éventualité d’un accord européen sur la suspension des importations russes dans les jours qui viennent, le marché pétrolier s’est ébranlé. Et pour preuve. Les cours du pétrole ont de nouveau progressé, vendredi, à la faveur d’achats de couverture avant un long week-end férié aux Etats-Unis. Ainsi le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet a engrangé 1,72%, pour clôturer à 119,43 dollars, soit son plus haut niveau depuis début mars. Quant au baril de West Texas Intermediate (WTI) américain, également pour juillet, il a gagné 0,85%, à 115,07 dollars, hauteur qu’il n’avait plus atteinte depuis début mars et un sommet sur 13 ans.
Faut-il rappeler qu’en moyenne hebdomadaire, le prix spot du Brent se situait à 113 dollars/b la semaine dernière, en hausse significative de 5,4 % (WTI à 112 dollars/b, +6,8 %). Une tendance qui, selon les analystes du marché pétrolier, résulte «qu’en dépit d’un contexte économique mondial incertain, le prix du pétrole reste sous tension en raison de la mise en place envisageable d’un embargo européen sur le pétrole russe et de l’annonce d’une détente possible du confinement en Chine. A propos des conséquences envisageables de l’embargo européen, les analystes sont d’avis qu’elles sont multiples, portant à la fois sur la croissance économique mondiale et sur la redistribution géographique des exportations de la Russie.
Ce faisant et pour revenir à l’embargo européen, il convient de savoir qu’il a été proposé par la Commission européenne, le 4 mai dernier. Depuis, les réticences, en particulier de la Hongrie, ont bloqué cette proposition qui pourrait désormais être étudiée lors du sommet extraordinaire du Conseil européen des 30 et 31 mai. Dans ce contexte, Michael Lynch, président du cabinet Strategic Energy & Economic Research (SEER) explique : «Les gens sont nerveux à l’idée qu’il pourrait y avoir un compromis de l’Union européenne sur le pétrole russe.» Ajoutant en ce sens : «Ils ne veulent pas se retrouver à découvert, c’est-à-dire avec une position à la baisse, car un accord serait de nature à doper les cours de l’or noir». De son côté, le président du Conseil européen, Charles Michel, s’était dit mercredi dernier «confiant» en la conclusion d’un accord sur un embargo de l’UE visant le pétrole russe d’ici à la réunion lundi du Conseil européen, malgré les réticences de la Hongrie. Pour sa part, Bill O’Grady, responsable de la recherche chez Confluence Investment Management, a souligné au sujet de l’incertitude ambiante que les échanges sur le marché à terme de l’or noir «seront beaucoup plus réduits (que d’ordinaire) lundi (férié aux Etats-Unis) et on a toujours une guerre en cours en Ukraine».
Notons par ailleurs que le marché est sous tension depuis plusieurs mois déjà d’où les opérateurs redoutent l’accélération de la consommation de carburant avec le début de la saison estivale, marquée par le week-end férié de Memorial Day, à partir de samedi aux Etats-Unis. «Cela va être intéressant de voir si les prix de l’essence», actuellement à des records, «ont un effet négatif sur les déplacements des Américains ces prochains mois», a expliqué, dans une note, Daniel Grissemann, de Commerzbank.
En définitive, la mise en place de l’embargo européen sur le pétrole russe constitue un enjeu important puisqu’il pourrait peser à nouveau à la hausse sur le prix du pétrole. Nous en saurons un peu plus dans les prochains jours. n