Après avoir effectué un léger rebond mardi, les cours du pétrole repartaient à la baisse hier sous l’effet de l’annonce du géant saoudien Aramco d’inonder le marché avec une production de 12,5 millions de baril par jour (mbj) en avril, en guise d’accompagnement à la décision du Royaume de faire baisser ses prix, toutes destinations confondues, pour livraison du même mois. Proches alliés des Saoudiens, les Emirats arabes unis ont à leur tour fait part hier de leur disponibilité d’augmenter leur production de plus d’un million de baril par jour, alors que l’accord de réduction Opep+ de 1,7 mbj expire le 31 mars courant.

A la mi-journée, les échanges européens sur le marché londonien affichaient un baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai à 35,91 dollars, soit un recul de 3,52% par rapport à la veille. Quant au baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en avril, il s’échangeait à 33,15 dollars sur le New York Mercantile Exchange, perdant 3,52%.
«Ce n’est probablement pas la meilleure option», a réagi le ministre de l’Energie russe Alexandre Novak, par rapport à la décision saoudienne, ajoutant que les discussions se poursuivaient avec les ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). D’où la question de savoir si la poursuite des discussions ira jusqu’à relancer l’accord de réduction au-delà du 31 mars. Sinon, quel serait donc les mécanismes qui pourraient être utilisés pour juguler la chute des cours du pétrole qui fait vivre aux marchés leurs plus mauvais jours depuis l’apparition du coronavirus ?
La crise s’est accentuée depuis vendredi, après l’échec de la réunion de l’Opep+, et les échanges de lundi ont vu l’or noir perdre 25%, soit la pire depuis le début de la guerre du Golfe en 1991.
«Après la chute historique des prix en début de semaine, la situation sur le marché du pétrole reste extrêmement volatile», a commenté Carsten Fristch, analyste de Commerzbank, ajoutant que «cette phase de fortes fluctuations des prix devrait se poursuivre pendant encore un certain temps». A noter qu’avant d’entamer une nouvelle courbe descendante, les prix avaient été soutenus en début de séance, hier en Asie, par des nouvelles encourageantes de Séoul et Pékin sur le front du coronavirus, mais aussi par la perspective du plan de soutien à l’économie américaine du président Donald Trump face à l’épidémie. Le président Trump a promis des aides aux compagnies aériennes et aux croisiéristes, deux secteurs frappés de plein fouet par la paralysie mondiale. Mais les investisseurs s’inquiètent du peu de mesures concrètes.
Le soutien aux cours du pétrole fondé seulement sur le stimulus économique de Trump ne devrait pas durer»au vu des quantités de brut qui vont bientôt arriver sur le marché, a noté Howie Lee, un économiste de Oversea-Chinese Banking cité par Bloomberg News.

Demande mondiale : l’Opep revoit à la baisse sa prévision de croissance
L’Opep a revu fortement à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020, sous l’effet associé du ralentissement économique et de l’extension hors de Chine de l’épidémie de coronavirus, selon son rapport mensuel publié hier mercredi.
Elle prévoit désormais une croissance de la demande à 60.000 barils par jour (mb/j), relevant qu’ «au vu des derniers développements, les risques de détérioration surpassent les indicateurs positifs et laissent entrevoir de plus amples révisions à la baisse de la croissance de la demande». L’Opep anticipait jusqu’ici une progression de 990.000 barils par jour.
La demande globale de pétrole est désormais estimée pour l’année à 99,73 millions de barils quotidiens, avec une consommation accrue au second semestre par rapport au premier. Ces prévisions supposent que l’activité mondiale se soit normalisée d’ici le dernier trimestre.
«L’impact des développements liés au Covid-19 sur une situation économique mondiale déjà fragile est un vrai défi, et requiert une action mondiale coordonnée de tous les acteurs du marché», ajoute l’Opep dans son rapport.
Cet appel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole intervient alors même que l’Arabie Saoudite, chef de file de l’organisation, a lancé une guerre des prix, après que la Russie, qui est théoriquement partenaire de l’Opep, a refusé de réduire sa production pour soutenir des cours malmenés par l’épidémie de coronavirus.
Mercredi, la compagnie nationale saoudienne Saudi Aramco a annoncé qu’elle envisageait d’augmenter encore sa capacité de production. Les Emirats arabes unis se sont dit prêts à faire de même. «Ce n’est probablement pas la meilleure option», a réagi le ministre de l’Energie russe Alexandre Novak, cité par les agences russes.<