Par Feriel Nourine
Alors que la possibilité de voir les Etats-Unis recourir à leurs réserves stratégiques demeure au stade de la rumeur, le spectre se fait de plus en plus pesant chez les investisseurs quant à une demande mondiale qui ne trouverait pas d’offre apte à satisfaire la reprise économique en cours. En fait, tous les paramètres sont devenus bons pour être considérés décisif dans l’évolution actuelle d’un marché pétrolier peinant à s’affranchir de la tension qui pèse sur ses séances.
Et c’est dans cette configuration de paramètres, qui s’entrecroisent sans pouvoir offrir une visibilité réelle aux opérateurs, que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) intervient une nouvelle fois pour tenter quelques manœuvres qui arrangeraient, bien-sûr, les affaires des pays consommateurs, dont les Etats-Unis, en premier lieu, dont est issue l’agence basée à Paris. Dans son rapport mensuel publié hier, l’AIE tente de rassurer ces pays sur la tendance haussière qui marque ces derniers jours les cours du brut. En ce sens, elle prévoit «un répit» de l’envolée en mettant en avant une augmentation de la production qui est en train de se produire depuis octobre pour se poursuivre jusqu’à la fin de l’année en cours. Une augmentation qui concerne notamment l’offre américaine, selon la même source.
Chez cette dernière, on ne parle donc plus de réserves américaines qui pourraient servir à calmer les prix, mais d’une augmentation dans le pompage du premier producteur mondial. «Le marché pétrolier mondial reste tendu selon toutes mesures mais un répit dans les hausses des cours pourrait être à l’horizon», estime-t-elle, avant d’expliquer que «contrairement aux espoirs exprimés à la COP26 de Glasgow, ce n’est pas parce que la demande décline mais plutôt en raison de la hausse de la production de pétrole».
Une hausse chiffrée à 1,4 million de barils par jour (mb/j) en octobre – dont la moitié grâce à la reprise de la production américaine – pour atteindre un total de 97,7 mb/j, selon le rapport. Lequel table sur 1,5 mb/j supplémentaires en novembre et décembre, toujours grâce à l’offre américaine.
C’est donc un outil autre que les réserves américaines que l’AIE fait valoir dans un rapport qui semble être une nouvelle réplique au refus de l’Opep+ de lâcher plus de pétrole, faisant la sourde oreille à l’appel du président Joe Biden qui veut stopper la tendance haussière du marché. Au lendemain de la dernière réunion ministérielle de l’alliance, le locataire de la Maison-Blanche avait, en effet, déclaré qu’ «il existe d’autres outils dans l’arsenal que nous devons utiliser avec d’autres pays au moment opportun». Un arsenal qui compte notamment les réserves stratégiques abondantes du premier producteur mondial et que le président des Etats-Unis pourrait faire peser sur les prix qu’il considère aujourd’hui «excessifs» et générateurs d’inflation dans son pays.
Concernant la demande, l’agence ne l’a pas modifié pour 2021 et 2022, soit une hausse de 5,5 mb/j et 3,4 mb/j respectivement. Au niveau des séances, les cours enregistrent de légers replis ces derniers jours, mais demeurent proches de leurs sommets. Depuis le début de l’année, les prix ont progressé de 60% pour le Brent de la mer du Nord, et 65% pour le WTI.
Hier, le marché affichait des prix en léger repli par rapport à la veille, avec un Brent échangé à 82,36 dollars (+038%) à la mi-journée sur l’Inter Continental Exchange (ICE), alors que le WTI valait 81,11 dollars (+0,28%) sur le New York Mercantile Exchange.