On n’avait pas revu pareille situation sur le marché pétrolier depuis six mois. La semaine qui vient de s’achever aura été la pire pour les cours de l’or noir, avec des chutes de respectivement 10 et 11% pour les références européenne et américaine, sous l’effet d’une pandémie qui reprend de plus belle et réduit sensiblement la demande.
Depuis plusieurs jours, le coronavirus avance à pas géant, obligeant plusieurs pays à revenir au confinement avec des mesures renforcées qui ralentissent fatalement l’activité économique et mettent les investisseurs dans une position d’attentisme pas du tout bonne pour le marché pétrolier.
C’est dans cette configuration que le Brent de la mer du Nord et le WTI ont passé une semaine noire qui rappelle les tristes souvenirs d’avril dernier. Une semaine qui s’est achevée dans le rouge, avec une référence européenne qui s’affichait à 37,46 dollars vendredi à la clôture du marché londonien. A New York, le baril américain de WTI a lâché 1,1% ou 38 cents, à 35,79 dollars.
«Les restrictions croissantes jettent une ombre sur les perspectives de la demande à court terme», a résumé Stephen Brennock, analyste de PVM. Déjà incapable d’absorber la production, le marché devra faire aussi avec une production libyenne qui reprend et qui est appelée à se multiplier par quatre, selon les prévisions de la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC).
C’est dire les difficultés qu’éprouvent l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) et ses partenaires à assurer la durabilité de leur stratégie visant à stabiliser le marché. En effet, en dépit d’une réduction en cours de 7,7 millions de barils par jour opérée par l’Opep+, l’effet excédent continue à caractériser une offre qui dépasse la demande. D’où la question de savoir quelles seront les décisions que prendra l’alliance lors de sa réunion ministérielle prévue fin novembre. L’option d’une reconsidération de l’augmentation (+1,9 mbj) n’est pas exclue, au vu de l’évolution des cours qui sont loin des 40 dollars le baril visés lors de l’accord d’avril dernier.
En ce sens, les quatre semaines qui nous séparent de cette réunion seront visiblement chargées en concertations entres les pays membres de l’Opep+. Celles-ci semblent même avoir déjà commencé pour l’Opep, puisque l’organisation annonce s’être réunie, en fin de semaine dernière, avec l’Union européenne (UE) autour de l’évolution du marché pétrolier associée à la pandémie de Covid-19. Il s’agit de la quatorzième réunion de haut niveau du dialogue énergétique entre l’UE et l’Opep, organisée en visioconférence, précise la même source sur son site web.
Les deux parties ont reconnu «les effets économiques néfastes d’une volatilité excessive des prix du pétrole» et ont souligné «l’importance de marchés ouverts, transparents et stables pour garantir une demande prévisible et la sécurité de l’approvisionnement ainsi qu’une croissance économique durable», souligne le communiqué, ajoutant que l’Opep et l’UE «ont également souligné la nécessité d’investissements adéquats et opportuns pour assurer une reprise durable».
«Les mesures historiques et audacieuses prises par ses membres, en collaboration avec ses partenaires dans la Déclaration de coopération, qui ont conduit aux ajustements de production les plus importants et les plus longs jamais réalisés, ont empêché un choc encore plus grand sur les marchés du pétrole et de l’énergie, et une voie vers une reprise durable, à la suite de graves impacts de la Covid-19 sur la demande d’énergie», a insisté l’organisation, alors que l’UE a relevé «l’efficacité des solutions basées sur le marché» et a mis en exergue «la résilience démontrée par le système énergétique de l’UE alors que la pandémie Covid-19 se déroulait, sans aucun problème majeur de sécurité d’approvisionnement». <